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Cézanne, une montagne et un regard qui recommence

À Aix-en-Provence, l’atelier des Lauves et la vue sur Sainte-Victoire racontent ce qu’un artiste découvre en revenant au même motif.

Façade de l’atelier des Lauves de Cézanne à Aix-en-Provence

Créateurs qui ont laissé leur empreinte | Aix-en-Provence

Le 14 avril 1878, Paul Cézanne écrit à Émile Zola au sujet d’une vue de Sainte-Victoire qui l’a frappé sur le chemin de Marseille. La montagne n’est pas encore le motif majeur auquel son nom sera associé. Une rencontre du regard deviendra des années de retours.

Dans une étude publiée par la Société Cézanne, Denis Coutagne relève une quarantaine de tableaux à l’huile et autant d’aquarelles dont Sainte-Victoire constitue le motif essentiel. Ce décompte approximatif donne la mesure du retour : chaque œuvre éprouve de nouveaux rapports entre les formes et les couleurs.

Le voyage incite souvent à passer au paysage suivant. La relation de Cézanne avec les environs d’Aix-en-Provence propose un autre rythme : revenir assez longtemps à un motif pour que la familiarité révèle ce qu’un premier regard avait manqué. La Société Cézanne étudie Sainte-Victoire comme un thème construit au fil de son travail.

Un atelier pour les dernières années

Après la vente de la maison familiale du Jas de Bouffan en 1899, Cézanne fit construire un atelier sur la colline des Lauves, au nord d’Aix. Il y travailla de 1902 jusqu’à sa mort, en 1906. Le lieu est associé à des œuvres de ses dernières années, dont les Grandes Baigneuses.

Un atelier déplace la curiosité. Le musée présente l’œuvre achevée ; la pièce de travail ramène aux conditions qui l’ont rendue possible. L’espace, la lumière et les objets relient le tableau à l’effort quotidien de sa fabrication.

Cet effort se devine rarement tout entier devant une peinture. L’atelier restitue un peu du temps qui sépare l’idée du résultat : un agencement repris, une décision éprouvée de nouveau, un travail poursuivi d’un jour à l’autre.

Cézanne dessine lui-même le plan de l’atelier, dont il installe la pièce de travail au premier étage. Concevoir le lieu participe à l’organisation des conditions de sa peinture.

Le chemin vers Sainte-Victoire

Depuis l’atelier, Cézanne pouvait rejoindre en quelques minutes à pied la colline de la Marguerite, aujourd’hui le Terrain des Peintres, qui offre une vue sur Sainte-Victoire. Cette proximité relie un lieu de travail à un motif et donne au visiteur une continuité géographique entre les deux.

Depuis ce point de vue, la montagne appartient aussi à ce qui l’entoure. Sa ligne, les couleurs voisines et les intervalles entre les formes participent au paysage. Un motif stable appelle des traitements renouvelés parce que les choix du peintre continuent d’évoluer.

La répétition peut sembler coûteuse au voyageur pressé de découvrir autre chose. Pourtant, revenir révèle parfois ce que la vitesse avait caché. Reconnaître la montagne laisse place à l’attention portée à ses alentours, puis aux rapports qui organisent la vue.

Ce qui reste dans un lieu

La montagne existe indépendamment des tableaux. L’atelier possède son histoire matérielle. Leur lien vient d’un artiste qui choisit de travailler ici et de reprendre ses sujets. C’est ce lien qui donne sa valeur au parcours : voir le paysage, puis comprendre qu’il entre dans une peinture par une suite de décisions.

Une photographie et un paysage de Cézanne n’accomplissent pas le même travail. Les rapprocher attire l’attention sur ce que le peintre retient et sur la manière dont il l’organise. Enregistrer une vue et construire un tableau deviennent deux activités distinctes.

Le parcours a commencé à Paris devant un corps qui porte la pensée, puis traversé la Normandie et ses reflets changeants. À Aix, une montagne invite à revenir. Chaque lieu conserve une manière de regarder.

Sainte-Victoire restera après le départ du visiteur. La question qu’elle pose au regard peut aller plus loin.

Sources documentaires : Cézanne — référence 1 · Cézanne — référence 2 · Cézanne — référence 3

Photo de couverture : Façade de l’atelier des Lauves de Cézanne à Aix-en-Provence. Bjs · CC BY-SA 4.0 Source et droits de l’image

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