Les Douze Colonnes de l’Axe Majeur et des visiteurs à Cergy-Pontoise, contexte de l’analyse du projet de loisirs
Les Douze Colonnes de l’Axe Majeur à Cergy-Pontoise pendant un événement public. Contexte géographique éditorial uniquement : ni le site de l’ancien Mirapolis ni un rendu des futurs parcs. Photo : PA Pichard / Ville de Cergy / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0; recadrage cinéma 16:9 et étalonnage par oui stars Travel.

Enquête et analyse d’Osama Samaha, rédacteur en chef de oui stars Travel

Un projet soutenu par des capitaux saoudiens ouvre une hypothèse spectaculaire : trois grands parcs, des hôtels et des loisirs complémentaires sur l’ancien site de Mirapolis, à Cergy-Pontoise. La Région Île-de-France a publiquement parlé d’un parc Dragon Ball. Pourtant, Toei Animation affirme que ni elle ni les autres sociétés détentrices de droits n’ont accordé de licence pour un projet français. Ce n’est pas un détail. C’est la question centrale d’un développement susceptible de transformer l’économie touristique du Val-d’Oise.

La France a annoncé une ambition, pas un parc ouvert

Le 25 août 2026, une déclaration franco-saoudienne publiée par l’Élysée a salué l’ambition de Qiddiya Investment Company de développer à Cergy-Pontoise un grand complexe à usage mixte. Le texte évoque plusieurs parcs, des hôtels, du divertissement, des loisirs, de la culture et du sport, avec jusqu’à trois attractions phares. Il mentionne environ 6 milliards d’euros sur l’ensemble du cycle de développement. Il ne fixe ni date d’ouverture, ni plan directeur final, ni liste de marques licenciées.

Le 31 août, le communiqué de la Région Île-de-France est allé plus loin. Il a parlé de trois parcs à Courdimanche et désigné l’un d’eux comme consacré à l’univers Dragon Ball. La Région affirme travailler depuis 18 mois à l’implantation du projet. Elle avance jusqu’à 22 000 emplois directs et sept millions de visites annuelles cumulées à maturité, tout en précisant que ces estimations dépendent des caractéristiques définitives.

Il s’agit de déclarations officielles et de projections, pas de résultats acquis. Aucun billet n’est vendu. Aucune date officielle d’ouverture, liste définitive d’attractions, dénomination commerciale, enveloppe de financement finalisée ou autorisation complète n’a été publiée.

Ce qui est confirmé, proposé, non résolu et inconnu

Confirmé : la France et l’Arabie saoudite ont salué l’ambition de Qiddiya pour une destination de loisirs mixte à Cergy-Pontoise. La Région situe le projet à Courdimanche, sur les terrains de l’ancien Mirapolis, et évoque trois parcs.

Proposé : des hôtels, des loisirs complémentaires, de la culture et du sport; environ 6 milliards d’euros sur le cycle complet; des volumes importants d’emplois et de visiteurs. Ce sont des ambitions ou estimations, non des garanties.

Non résolu : la licence Dragon Ball. Toei Animation a déclaré le 31 août 2026 qu’elle et les autres sociétés concernées n’avaient accordé aucune licence et qu’elle ne connaissait aucun fait permettant d’affirmer que la construction d’un parc français avait été décidée.

Inconnu : l’identité finale des trois parcs, les opérateurs, les prix, le calendrier, les attractions, les investissements de transport, les mesures environnementales, le phasage et les autorisations publiques finales.

Que prévoit-on exactement près de Paris ?

La description la plus solide est plus large qu’un parc de marque. L’Élysée parle d’une destination intégrée à usage mixte. Cela suggère une économie de resort : des parcs pour créer le flux, des hôtels pour conserver la dépense la nuit, des restaurants et boutiques pour prolonger la journée, puis de la culture ou du sport pour réduire la saisonnalité.

La différence entre « jusqu’à trois grandes attractions phares » dans la déclaration bilatérale et « trois parcs à thème » dans le communiqué régional montre toutefois que la communication publique n’est pas encore une spécification technique définitive. Investisseurs et hôteliers doivent y voir un signal de développement, pas un prospectus achevé.

oui stars Travel avait déjà distingué les faits confirmés de la première annonce saoudo-française. Le nouvel enjeu est plus précis : le nom qui définit désormais le projet peut-il franchir l’épreuve de la licence ?

Pourquoi Cergy-Pontoise et l’ancien Mirapolis ?

Cergy-Pontoise est une grande ville nouvelle, un pôle universitaire et d’emploi, pas une périphérie vide. Son Axe Majeur lui donne une identité architecturale forte. D’après l’agglomération, le territoire compte 12 gares et cinq lignes ferroviaires. Elle indique environ 32 minutes entre Cergy-Préfecture et La Défense, et 42 minutes jusqu’à Châtelet-Les Halles par le RER A dans des conditions indicatives.

Mirapolis a ouvert en 1987 et fermé en 1991. La Région décrit une friche privée de vocation durable depuis plus de trente ans. Une parcelle vaste associée à l’histoire des loisirs est rare près d’une capitale. Mais l’échec de Mirapolis rappelle aussi que la taille, le spectacle et la proximité de Paris ne garantissent pas un modèle économique.

Le territoire a déjà fait l’objet d’études. Un avis environnemental de 2024 concernait un projet antérieur de résidence hôtelière et de co-living sur une partie du site. Le nouveau projet devra articuler foncier, urbanisme, biodiversité, eau, bruit, routes et qualité de vie.

Qiddiya : le capital saoudien rencontre la politique touristique française

Qiddiya Investment Company est soutenue par le Public Investment Fund saoudien et développe Qiddiya City près de Riyad comme destination de divertissement, de sport et de culture. Elle apporte donc une ambition de fabrication de destination, pas seulement un investissement hôtelier.

Son expérience Dragon Ball est néanmoins territorialisée. En mars 2024, Qiddiya a officiellement annoncé un parc Dragon Ball à Qiddiya City, dans le cadre d’un partenariat de long terme avec Toei Animation. L’annonce saoudienne mentionne plus de 500 000 mètres carrés, sept zones et plus de 30 attractions. Ces plans concernent l’Arabie saoudite. Ils ne préfigurent ni le dessin ni le programme de la France.

Le projet français inverse une direction d’investissement familière : après des décennies de participation française aux grands projets du Golfe, un développeur saoudien propose de construire une destination touristique en France. L’opportunité doit s’accompagner de transparence sur la livraison, l’emploi, l’environnement et le financement des infrastructures.

Pourquoi le nom Dragon Ball a tout emporté

Un complexe d’hôtels, de loisirs et de sport reste abstrait. Dragon Ball est immédiatement reconnaissable. Le manga d’Akira Toriyama date de 1984 et la première série télévisée de Toei de 1986. Toei Animation Europe revendique plus de 250 millions d’exemplaires du manga vendus dans le monde, plus de trente années de diffusion continue en Europe et 94 % de notoriété chez les Français de 25 à 45 ans dans une étude citée par l’entreprise. Ce sont des données marketing de Toei, mais elles expliquent la puissance française du nom.

La franchise est intergénérationnelle. Les adultes qui la regardaient à la télévision voyagent désormais avec des enfants exposés aux nouvelles séries, aux films, aux jeux et aux produits. Pour un parc, cette combinaison relie nostalgie, décision familiale et culture jeunesse. Elle peut aussi attirer des Européens qui ne feraient pas un long voyage vers le Japon ou l’Arabie saoudite.

Cette valeur rend la licence essentielle. Sans autorisation sur les personnages, univers, musiques, dessins, récits et marques, le développeur ne possède pas le produit émotionnel promis par l’expression « parc Dragon Ball ».

La question japonaise : peut-on annoncer un parc Dragon Ball avant d’en détenir la licence ?

Une autorité publique peut annoncer une ambition politique. Un développeur peut étudier un terrain et négocier. Mais une destination fondée sur une propriété intellectuelle ne peut être commercialisée et livrée sans les droits correspondant au territoire et aux usages prévus. Le 31 août, Toei n’a pas publié un simple « sans commentaire ». Elle a affirmé qu’aucune licence n’avait été accordée pour le dossier français.

Toei a aussi précisé que toutes les images conceptuelles et vidéos reprises dans certains reportages provenaient de l’annonce du 22 mars 2024 pour Qiddiya City. Une image saoudienne placée sous un titre français sans légende explicite tromperait le lecteur.

Le registre public permet de décrire prudemment l’écosystème. La page de droits de MANGA Plus de Shueisha crédite le manga original à Bird Studio et Shueisha. Toei produit l’animation et exploite des activités de licence. Bandai Namco indique développer sous licence des jeux, contenus numériques, cartes et figurines Dragon Ball. C’est un partenaire commercial majeur, mais les sources publiques ne démontrent pas qu’il puisse approuver seul un parc français.

Des médias ont cité Toei Animation, Shueisha, Bird Studio et Bandai Namco pour expliquer la complexité de la franchise. La chaîne contractuelle exacte d’approbation n’est pas publique. Il serait imprudent d’imaginer l’état de négociations privées. Le seul constat actuel solide est l’absence de licence française accordée.

Le projet peut-il continuer sans Dragon Ball ?

Peut-être, mais c’est une analyse, pas un plan confirmé. La déclaration bilatérale porte sur une destination à plusieurs parcs et ne nomme pas Dragon Ball. Le concept foncier, hôtelier et de loisirs n’est donc pas, dans ce texte, juridiquement dépendant d’une seule marque. Qiddiya pourrait en théorie rechercher une autre propriété intellectuelle, créer un univers original ou modifier le phasage.

Changer d’ancrage serait cependant lourd. Une marque mondiale réduit le coût d’explication d’une destination, nourrit le merchandising et motive le voyage avant même que les attractions soient détaillées. Une autre licence aurait sa propre économie. Un parc original éviterait la dépendance aux droits mais devrait construire sa notoriété.

La lecture prudente est double : le projet global est réel comme ambition publique; son identité Dragon Ball reste conditionnelle.

Au-delà de Dragon Ball : pourquoi ce projet compte pour le tourisme français

Paris Île-de-France a accueilli près de 50 millions de visiteurs et presque 24 milliards d’euros de retombées touristiques en 2025. Plus de 23 millions étaient internationaux et ont généré près de 16 milliards. Une nouvelle destination n’a pas besoin de remplacer Paris. Elle doit prolonger les séjours, distribuer la dépense et donner une raison supplémentaire de choisir la région.

Le tourisme familial diffuse les dépenses vers l’hébergement, les repas, le transport, le commerce et les expériences payantes. Le manga peut ajouter événements, cosplay, expositions, tournois, avant-premières et boutiques. Les visiteurs du Golfe comptent grâce à la desserte aérienne de Paris et aux voyages multigénérationnels, qui soutiennent grandes chambres, mobilité privée, shopping et services premium.

Une destination contemporaine permettrait aussi de compléter l’image patrimoniale, artistique et mode de Paris. L’association de culture populaire japonaise, d’industries créatives européennes et de capital saoudien constituerait un récit international singulier, à condition que le partenariat soit légalement sûr et culturellement crédible.

Hôtels, restaurants et économie de la nuitée

L’occasion économique la plus importante peut se trouver hors des tourniquets. Le visiteur à la journée achète un billet et des repas. Celui qui dort sur place ajoute plusieurs nuitées, petits-déjeuners, dîners, transports et achats. La présence d’hôtels dans le texte de l’Élysée montre que Qiddiya vise cet effet multiplicateur.

Selon l’INSEE, le Val-d’Oise comptait 99 hôtels et 11 386 chambres au 1er janvier 2026. Vingt-six hôtels, soit 5 181 chambres, étaient classés quatre étoiles; aucun n’était cinq étoiles. Cela ne prouve pas une demande de luxe, mais pose la question du positionnement : resort premium intégré, adaptation des hôtels existants ou nouvelles résidences familiales ?

Les entreprises locales peuvent viser restauration familiale et internationale, alimentation halal, transport en autocar, blanchisserie, maintenance, sécurité, personnel multilingue et gestion de destination. Le risque est d’investir trop tôt sur des projections avant que phasage, saisonnalité et conversion en nuitées soient démontrés.

La mobilité décidera si « près de Paris » semble vraiment proche

Cergy-Pontoise est connectée, mais une fréquentation de resort diffère des flux pendulaires actuels. Le plan local des mobilités 2025-2030 note que le rail se concentre au centre et au nord, tandis que le sud et l’ouest ne sont pas desservis. La liaison précise entre les gares et l’ancien Mirapolis sera donc décisive.

Les familles arrivent avec bagages et poussettes; les visiteurs internationaux ont besoin d’une billettique claire, de services tardifs et de transferts simples depuis les aéroports. Les salariés ont besoin de transports fiables avant l’ouverture et après la fermeture. Routes, cars, taxis, VTC, stationnement, vélo et marche doivent former un système.

Un parc qui ajoute des millions de trajets sans capacité financée transfère le coût aux habitants. Un plan bien conçu pourrait au contraire améliorer les transports quotidiens et créer des opportunités autour des gares.

Emploi : derrière le chiffre, une carte des métiers

La projection régionale de 22 000 emplois directs au maximum dépend fortement de la définition finale. Le débat public doit demander ce que recouvre « direct », sur quelle période et selon quelles hypothèses d’exploitation.

La construction mobiliserait ingénierie, architecture, paysage et systèmes d’attraction. L’exploitation demanderait techniciens, artistes, restauration, entretien, sécurité, retail, spécialistes numériques et accueil multilingue. Les hôtels créent une structure différente des manèges; l’événementiel ajoute des pics saisonniers.

CY Cergy Paris Université, les lycées professionnels, les écoles hôtelières et les employeurs pourraient préparer des apprentissages en sécurité, maintenance, langues, accessibilité, données et production créative. La qualité doit se mesurer par les salaires, la permanence, la progression et le recrutement local, pas seulement par le nombre.

Immobilier et commerce : une opportunité sans rente automatique

Un pôle durable de visiteurs et d’emplois peut affecter logements, résidences de services, commerces et loyers autour des transports. Mais les effets dépendront de la livraison. Une annonce ne garantit aucune hausse immobilière.

Les collectivités devront protéger le logement résidentiel si les locations de courte durée progressent. Le logement des salariés et les transports nocturnes font partie du modèle touristique. Les bailleurs commerciaux peuvent profiter de nouvelles demandes, mais les indépendants ont besoin de loyers compatibles avec une activité saisonnière.

Pour comprendre l’interaction entre infrastructures, régulation, tourisme et valeur, voir notre analyse sur l’immobilier français comme actif de long terme. À Cergy-Pontoise, le risque de permis, le phasage et l’incertitude de marque imposent la patience.

Compléter Disneyland Paris, pas le copier

Disneyland Paris montre ce qu’une destination de loisirs peut apporter et combien de temps son écosystème met à mûrir. Disney revendique plus de 375 millions de visites depuis 1992, 84,5 milliards d’euros apportés à l’économie française et 9,1 milliards investis dans sa fiche FY2025. Ce sont des chiffres d’entreprise, mais ils donnent l’échelle et la durée.

Cergy-Pontoise serait à l’opposé géographique de la capitale. Une culture populaire japonaise forte, d’autres thèmes, du sport et du divertissement peuvent attirer des publics différents. Un voyageur pourrait combiner Louvre, Disneyland, Cergy et d’autres sites plutôt que choisir un seul parc.

La concurrence existera pour la main-d’œuvre, les chambres, les transports et le budget familial. La complémentarité exige un positionnement créatif distinct, un marketing régional coordonné et une expérience assez forte pour justifier le déplacement.

Environnement et acceptation locale font partie de l’investissement

Un projet de cette taille devra répondre sur les sols, l’eau, l’énergie, la biodiversité, le bruit, les déchets, le trafic et le carbone. La reconversion d’une friche ne supprime pas les obligations environnementales. Les emplois promis ne remplacent pas la consultation.

Les autorités doivent publier l’itinéraire de planification, les études, le financement des transports, le foncier et le phasage. Les entreprises locales ont besoin de visibilité sur les marchés. Les habitants ont besoin de réponses sur les nuisances. Les détenteurs de droits doivent avoir confiance dans la qualité culturelle de l’expérience.

Pour Qiddiya, traiter Cergy-Pontoise comme une destination partenaire plutôt que comme un simple terrain sera un enjeu de réputation.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

  • Un accord Dragon Ball pour la France signé et reconnu par les détenteurs de droits, s’il est obtenu.
  • Un plan directeur identifiant les trois pôles, les hôtels et le phasage.
  • Les demandes de permis, l’évaluation environnementale et la concertation.
  • Un plan de transport financé vers le rail, Paris et les aéroports.
  • La nomination des opérateurs, concepteurs et constructeurs.
  • La définition des projections d’emplois et de fréquentation.
  • Une séquence d’ouverture réaliste et un programme annuel.

Jusqu’à ces étapes, les acquisitions hôtelières, les prix fonciers et les extensions de fournisseurs doivent être testés contre les scénarios de retard, de redimensionnement et d’absence de Dragon Ball.

Une destination peut naître avant que sa mythologie soit réglée

Le projet compte déjà. Deux gouvernements l’ont inscrit dans leur partenariat stratégique. Un développeur saoudien ambitieux a choisi la France pour une destination multiparcs. La Région y a consacré 18 mois et du capital politique. Le site peut redistribuer une partie de l’économie du Grand Paris vers le Val-d’Oise.

Mais la France ne contrôle pas le nom qui a électrisé l’annonce. Les détenteurs japonais le contrôlent. La conclusion responsable n’est ni que le projet est fictif, ni que le parc Dragon Ball est acquis. Un grand développement de loisirs est poursuivi; son identité la plus attractive reste sans licence.

Si capital, urbanisme, transport, consentement local et propriété intellectuelle s’alignent, Cergy-Pontoise peut devenir une adresse internationale. Sinon, le projet peut survivre, mais il devra trouver une autre mythologie et une nouvelle raison de faire voyager le monde.

Sources et note éditoriale

Sources principales : Élysée, Région Île-de-France, Toei Animation, Qiddiya, Cergy-Pontoise, INSEE, Choose Paris Region, Shueisha, Bandai Namco et documents environnementaux officiels. Le contexte a été vérifié avec l’AFP via Boursorama et Le Monde. Les projections sont identifiées comme telles. Aucune négociation privée n’est supposée.

Cet article est une analyse éditoriale du tourisme et de l’investissement, non un conseil financier, juridique ou urbanistique. Suivez oui stars Travel pour nos analyses du tourisme, de l’investissement, de la culture et des économies qui transforment le voyage.

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