L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HÔTEL · SAISON PARIS · ÉPISODE 10
Au 19, avenue Kléber, Paris a résonné comme des klaxons posés sur un piano, parlé à voix basse derrière les portes de la diplomatie, puis retrouvé l’hospitalité après la guerre, l’administration et un chantier hors norme.
Certains hôtels conservent un style. The Peninsula Paris conserve des changements de destin. Né en 1908 sous le nom d’Hôtel Majestic, devenu quartier général pendant l’Occupation, première adresse de l’UNESCO puis centre de conférences internationales, il a rouvert en 2014 après une restauration monumentale. Son histoire n’est pas une ligne continue de glamour : c’est un siècle où le pouvoir, la mémoire et l’art d’accueillir ont changé plusieurs fois de chambre.
Avant l’hôtel, le palais d’une reine
Le terrain était occupé par le palais de Castille, résidence parisienne de la reine Isabelle II d’Espagne en exil. Après sa mort en 1904, la demeure céda la place à un grand hôtel pensé pour l’ère des paquebots et de la diplomatie. Le promoteur Léonard Tauber confia le projet à l’architecte Armand Sibien. Le Majestic ouvrit en 1908 derrière une façade Beaux-Arts spectaculaire.
La structure en béton armé autorisait de vastes salons ; le jardin en toiture et les salles de bains privatives témoignaient d’une modernité remarquable. Près de l’Arc de Triomphe, mais en retrait de l’agitation des grands boulevards, l’adresse pouvait former son propre monde.

Un hôtel au cœur de l’histoire mondiale
Pendant la Première Guerre mondiale, le bâtiment servit d’hôpital. En 1919, la délégation britannique à la Conférence de la paix de Paris installa au Majestic son centre opérationnel. La vie artistique y revint ensuite : James Joyce, Marcel Proust, Pablo Picasso et Igor Stravinsky figurent parmi les visiteurs documentés par les archives de l’hôtel.
Le chapitre le plus sombre s’ouvrit sous l’Occupation, lorsque l’édifice devint le siège du commandement militaire allemand en France. Après la Libération, sa fonction changea de nouveau. De 1946 à 1958, il accueillit le premier siège de l’UNESCO, avant de devenir un centre français de conférences internationales. Le prestige hôtelier avait disparu, mais l’influence de l’adresse s’était déplacée vers la politique mondiale.
SI CES MURS POUVAIENT PARLER
Les klaxons de taxi sur le piano de Gershwin
George Gershwin arriva à Paris avec son frère Ira le 25 mars 1928 et séjourna près de quatre semaines au Majestic. Fasciné par les bruits de la ville, il acheta plusieurs klaxons de taxis avenue de la Grande-Armée et les posa sur son piano. Ses amis Mario Braggiotti et Jacques Fray les actionnèrent pendant qu’il leur faisait entendre l’idée d’ouverture d’Un Américain à Paris.
L’anecdote dit quelque chose de précieux sur les grands hôtels : ils offrent au voyageur une chambre depuis laquelle une ville peut être entendue autrement. Composée ce printemps-là puis créée à New York en décembre 1928, l’œuvre conserve encore ces klaxons — la circulation parisienne devenue musique.

Des salons de la diplomatie aux accords
Le 27 janvier 1973, les accords de paix de Paris sur le Viêt Nam furent signés au 19, avenue Kléber. Les archives diplomatiques américaines évoquent les poignées de main et le champagne qui suivirent la cérémonie. L’accord n’apporta pas la paix durable promise par son titre — la guerre continua jusqu’en 1975 — mais l’édifice demeure indissociable de ce moment. En 1991, il accueillit aussi les accords de Paris sur le Cambodge.
Cette histoire interdit la nostalgie facile. Les mêmes espaces ont servi aux occupants, aux fonctionnaires internationaux et aux négociateurs cherchant à mettre fin aux guerres. Raconter honnêtement le bâtiment suppose de garder ensemble tous ces chapitres.

Quatre ans et demi pour rendre le bâtiment à l’hospitalité
Lorsque The Hongkong and Shanghai Hotels prit en main le projet en 2009 avec Katara Hospitality, il ne s’agissait pas de décorer une coque ancienne. La structure devait supporter un programme environ 80 % plus lourd ; les fondations furent reprises, un spa creusé en sous-sol et les salons historiques restitués. Plus de 900 ouvriers et artisans participèrent au chantier. Pierre, ardoise, bois, stucs et ferronneries furent restaurés ou recréés avec une précision rarement visible à cette échelle.
The Peninsula Paris ouvrit le 1er août 2014 : le premier Peninsula d’Europe. Richard Martinet conduisit la restauration des espaces publics ; Henry Leung dessina les étages. L’ensemble assume une double identité : architecture monumentale française à l’extérieur, savoir-faire parisien et culture asiatique de Peninsula à l’intérieur.

Aujourd’hui : 200 chambres, 93 suites et l’horizon de Paris
L’établissement annonce aujourd’hui 200 chambres, dont 93 suites. Les plus exceptionnelles utilisent la ligne des toits comme un décor vivant : Rooftop Garden Suite et sa vaste terrasse, Rooftop Eiffel Suite face à la tour, Historic Suite de 217 m², Katara Suite et son jardin suspendu, puis Peninsula Suite de 318 m².
La technologie demeure discrète. « Peninsula Time » peut permettre, pour certaines réservations directes éligibles, une arrivée anticipée et un départ tardif selon les conditions en vigueur. Mais le luxe le plus durable est spatial : une terrasse dont Paris devient le dernier mur.

Restaurants au-dessus de la ville
Au sixième étage, L’Oiseau Blanc emprunte son nom à l’appareil avec lequel Charles Nungesser et François Coli tentèrent la traversée de l’Atlantique en 1927. Une réplique de biplan semble flotter à l’extérieur, tandis que Paris entre dans le décor. La table de David Bizet conserve deux étoiles dans le Guide Michelin France 2026.
LiLi met en scène la cuisine cantonaise dans un décor où les proportions haussmanniennes rencontrent des références chinoises. Le Lobby joue le rôle du grand salon quotidien ; Le Bar Kléber et les espaces de toiture prolongent l’expérience au-delà de la nuit d’hôtel.

Sous le monument
Le spa occupe l’espace improbable créé sous le bâtiment historique. Sa piscine intérieure de 20 mètres, ses cabines, suites privées et bassins de vitalité en font l’une des adresses bien-être les plus vastes de l’hôtellerie parisienne. L’ingénierie nécessaire appartient pleinement à l’histoire ; le calme n’en est que l’effet final.

Pourquoi les voyageurs le choisissent encore
Pour sa situation, bien sûr : l’Arc de Triomphe et les Champs-Élysées sont proches ; le Trocadéro et la tour Eiffel se rejoignent au fil d’une promenade. Pour les vues, les grandes suites et la table. Mais The Peninsula Paris offre une chose plus rare : dormir dans un bâtiment qui fut hôtel, hôpital, quartier général, siège de l’UNESCO et centre diplomatique, puis se réveiller dans les rituels contemporains d’un palace.
Il n’est pas nécessaire de connaître tous ces chapitres pour sentir le poids du lieu. Les connaître change pourtant le séjour : le décor devient témoin.
Informations pratiques
- Adresse : 19, avenue Kléber, 75116 Paris.
- Métro : Kléber (ligne 6) ; Charles de Gaulle–Étoile est également proche.
- À proximité : Arc de Triomphe, Champs-Élysées, Trocadéro et tour Eiffel.
- Site officiel : The Peninsula Paris.
Voir : The Peninsula Paris
Un film officiel de The Peninsula Hotels donne un aperçu actuel des terrasses, jardins et perspectives parisiennes évoqués dans cet article.
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Sources éditoriales
The Peninsula / faits historiques · Histoire des 150 ans de HSH · The making of The Peninsula Paris · Office of the Historian américain · Archives officielles Gershwin · Guide Michelin France 2026. Les éléments historiques ont été vérifiés auprès de sources institutionnelles ou primaires ; les services actuels peuvent évoluer.
Note images : les archives relevant du domaine public ou de Creative Commons sont créditées séparément. Les images officielles de l’hôtel sont utilisées dans un contexte éditorial et devront faire l’objet d’une nouvelle autorisation avant toute impression ou réédition commerciale.
Osama Samaha
Rédacteur en chef — OUISTARS Travel
















