Vérification éditoriale : données actualisées au 2 août 2026 à 17 heures, heure de Paris. Il s’agit d’un bilan d’étape : le second mandat d’Emmanuel Macron n’est pas encore terminé.
La France était déjà une puissance touristique lorsque Emmanuel Macron est arrivé à l’Élysée. Près de dix ans plus tard, elle demeure la première destination mondiale en nombre d’arrivées, a franchi le seuil des 100 millions de visiteurs internationaux et enregistre des recettes sans précédent. Ce tableau paraît triomphal. Il ne suffit pourtant pas à établir le bilan d’une présidence.
La vraie question n’est pas de savoir si le tourisme français a progressé. Les chiffres répondent oui. Il faut déterminer ce qui relève des décisions prises depuis 2017, ce qui tient aux avantages historiques de la destination France, et ce que les gouvernements successifs n’ont toujours pas réussi à transformer.
Par Osama Samaha, rédacteur en chef d’OUISTARS Travel Magazine. Série « Le Bilan du Tourisme ».
Derrière les 102 millions de visiteurs
Selon le bilan officiel publié en février 2026, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux en 2025, contre 100 millions en 2024. Les recettes touristiques internationales ont atteint 77,5 milliards d’euros, en hausse de 9 %, et le solde des voyages s’est établi à 20,1 milliards d’euros. La consommation touristique intérieure a représenté 222 milliards d’euros.
Ces résultats consacrent le poids économique du secteur. Mais compter les arrivées ne suffit pas. La dépense par visiteur, la durée du séjour, la qualité des emplois, l’accessibilité, la répartition territoriale et l’empreinte environnementale font également partie du bilan.
Ce que les gouvernements Macron peuvent revendiquer
1. Un sauvetage massif pendant la crise sanitaire
Le point le plus solide du bilan est aussi le moins spectaculaire visuellement. En 2020 et 2021, l’État et ses opérateurs ont mobilisé 45,5 milliards d’euros d’aides publiques pour les entreprises du tourisme. La Cour des comptes indique que 98 % des entreprises concernées ont bénéficié d’au moins un dispositif.
Ces aides ont compensé 88 % des pertes d’excédent brut d’exploitation et réduit les défaillances d’entreprises de près de 44 % par rapport à 2019. Malgré une chute de 46 % du chiffre d’affaires du secteur pendant la crise, l’emploi n’a reculé que de 0,4 % entre fin 2019 et fin 2021.
L’intervention n’a pas créé l’attractivité française. Elle a préservé les hôtels, restaurants, voyagistes, lieux culturels, transporteurs et organisateurs d’événements nécessaires au redémarrage. Sur ce terrain, le résultat est mesurable.
2. Destination France a donné un cadre national
Annoncé en 2021, le plan Destination France a bénéficié d’une enveloppe de 1,9 milliard d’euros sur la période 2022-2024. Il devait améliorer la qualité de l’offre, accompagner la numérisation, accélérer la transition écologique, renforcer les compétences et mieux répartir les flux.
Cette stratégie a installé le tourisme au cœur de la politique d’attractivité. Les sommets Destination France ont réuni responsables publics, investisseurs et dirigeants du secteur. France Tourisme Tech a ensuite structuré un accompagnement pour les jeunes entreprises travaillant sur la mobilité, l’hébergement, la donnée, les flux et la décarbonation.
L’orientation était cohérente. L’exécution est plus contrastée : les politiques de promotion et d’investissement ont avancé plus vite que certaines transformations sociales et écologiques.
3. Les grands événements ont été utilisés comme vitrine
Coupe du monde de rugby 2023, Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, 80e anniversaire du Débarquement et réouverture de Notre-Dame ont offert à la France une succession rare de rendez-vous mondiaux.
L’effet olympique doit être analysé avec prudence. Certains musées et commerces ont subi des phénomènes d’éviction pendant les Jeux. Néanmoins, la France a atteint 100 millions de visiteurs internationaux en 2024, puis 102 millions en 2025. L’année post-olympique a donc consolidé la fréquentation au lieu de révéler un simple pic provisoire.
Pour anticiper les périodes de forte demande, consultez le calendrier OUISTARS du tourisme et des événements 2026-2027.
4. La destination a gagné en valeur
Les recettes internationales sont passées de 58 milliards d’euros en 2019 à 71 milliards en 2024, puis 77,5 milliards en 2025. La dépense moyenne a atteint environ 760 euros par visiteur international. Après la pandémie, les investissements touristiques ont représenté en moyenne 21 milliards d’euros par an entre 2022 et 2024.
La France était régulièrement critiquée pour son avance en volume et son retard en valeur. L’écart avec ses concurrents n’a pas disparu, mais la progression des recettes constitue un résultat réel.
Les faiblesses que les records ne doivent pas masquer
1. L’Espagne gagne encore davantage avec moins de visiteurs
Les publications françaises situent les recettes internationales de l’Espagne autour de 105 milliards d’euros en 2025, contre 77,5 milliards pour la France. Les méthodes nationales ne sont pas parfaitement identiques, mais l’écart reste suffisamment important pour nourrir le débat.
L’objectif ne doit pas être de faire payer davantage chaque visiteur sans discernement. Il consiste à favoriser les séjours plus longs, une dépense mieux retenue par l’économie locale et une offre de qualité capable de répartir les bénéfices au-delà des destinations saturées.
2. La transformation écologique reste en retard sur l’ambition
La Cour des comptes estime que les aides d’urgence ont préservé le secteur sans provoquer la transformation numérique et écologique annoncée. Les aides aux petits équipements et le chèque numérique de 500 euros n’ont pas créé d’effet de levier suffisant.
La France vise toujours la première place mondiale du tourisme durable en 2030. Pourtant, le transport représente 69 % de l’empreinte carbone du tourisme et 80 % de l’activité touristique se concentre sur 20 % du territoire. Une campagne de sensibilisation ne peut remplacer des résultats vérifiables sur la mobilité, l’eau, l’énergie et la gestion des flux.
3. Une réussite trop concentrée
Paris, la Côte d’Azur, les Alpes et quelques destinations emblématiques captent une part disproportionnée de la demande. Cette concentration exerce une pression sur le logement et l’espace public, tandis que d’autres territoires peinent à transformer leur patrimoine en activité rentable toute l’année.
La diversification promise par Destination France nécessite plus qu’une campagne. Elle suppose des accès ferroviaires, des projets finançables, des professionnels formés et une distribution commerciale internationale.
4. La pénurie de main-d’œuvre révèle la fragilité humaine du modèle
L’hôtellerie et la restauration continuent de signaler des difficultés de recrutement. Le logement des saisonniers, les horaires, les rémunérations, la progression professionnelle et la fidélisation expliquent autant la situation que le nombre de candidats.
La France ne peut pas promettre indéfiniment une expérience haut de gamme en considérant les métiers qui la produisent comme un sujet secondaire.
5. Le tourisme pour tous reste une promesse inachevée
La stratégie gouvernementale reconnaît qu’environ un Français sur quatre ne part pas en vacances chaque année. L’accessibilité physique et financière, le maillage ferroviaire et la capacité des habitants à découvrir leur propre pays doivent donc entrer dans le bilan, au même titre que les recettes étrangères.
Emmanuel Macron n’a pas inventé la destination France
Le succès touristique repose sur des avantages accumulés pendant des générations : patrimoine, musées, gastronomie, littoraux, montagnes, Paris, infrastructures et tissu d’entreprises. Les collectivités, Atout France, les opérateurs de transport, les salariés et les entrepreneurs ont autant participé aux résultats.
Une présidence peut protéger une filière, fixer des priorités, réformer et coordonner. Elle ne peut s’attribuer automatiquement chaque hausse de fréquentation. Inversement, un recul provoqué par la météo, les taux de change ou une crise internationale ne constitue pas nécessairement un échec de l’Élysée.
Indice OUISTARS de responsabilité touristique
Note d’étape : 67 sur 100. Cette note constitue une appréciation éditoriale, pas un classement officiel. Elle mesure l’ambition, l’exécution, les résultats, la valeur économique, la répartition territoriale, la durabilité et la transparence.
- Ambition : 8/10. Destination France a défini une orientation claire.
- Exécution : 19/25. Le sauvetage et la coordination des grands événements ont été solides ; les réformes structurelles sont moins homogènes.
- Résultats mesurables : 20/25. Arrivées, recettes et solde des voyages ont atteint des niveaux records.
- Valeur et emplois : 10/15. La valeur progresse, mais les métiers et l’écart de recettes avec l’Espagne restent problématiques.
- Répartition territoriale : 4/10. La concentration des flux demeure forte.
- Durabilité : 3/10. L’ambition est visible ; la transformation systémique ne l’est pas encore.
- Transparence : 3/5. Les données progressent, mais l’évaluation comparable des politiques doit être renforcée.
Verdict de la rédaction en chef
Les années Macron ont préservé le tourisme français au moment où il risquait l’effondrement et ont transformé les grands événements en puissance d’attraction. Elles n’ont pas achevé la tâche la plus difficile : convertir le leadership en visiteurs en davantage de valeur locale, de meilleurs emplois, une répartition plus équilibrée et une croissance durable démontrable.
OUISTARS Travel Magazine
Le bilan ne relève donc ni du triomphe absolu ni de l’échec. Il associe un sauvetage décisif à une transformation encore partielle. À l’approche de la dernière phase de la présidence, la France est plus forte en fréquentation et en recettes, mais conserve plusieurs des fragilités que Destination France devait résoudre.
La confiance touristique repose aussi sur la sécurité et la fiabilité des services. À lire également : Sans sécurité, pas de tourisme, pas d’économie.
Méthode et sources officielles
OUISTARS a confronté les bilans gouvernementaux, les publications d’Atout France, le plan Destination France et l’évaluation de la Cour des comptes. Les résultats intervenus pendant le mandat ne sont pas automatiquement attribués au président : nous distinguons décision publique, évolution du marché et avantage historique de la destination.
- Ministère de l’Économie : bilan touristique 2025
- Cour des comptes : soutien au tourisme pendant la crise sanitaire
- Ministère de l’Économie : plan Destination France
- Atout France : portrait touristique 2025
Questions fréquentes
Non. La France occupait déjà une position de premier plan avant 2017. Les politiques menées sous sa présidence ont soutenu la reprise, l’investissement et la promotion, mais le résultat repose aussi sur des atouts anciens et sur le travail des acteurs publics et privés.
Le gouvernement et Atout France ont annoncé 102 millions de visiteurs internationaux en 2025, contre 100 millions en 2024.
Les recettes touristiques internationales ont atteint 77,5 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 9 % en un an.
OUISTARS considère le sauvetage pendant la pandémie comme le résultat le plus clairement démontré. Les aides ont préservé les entreprises et l’emploi, permettant une reprise rapide.
La France doit encore réduire l’écart de recettes avec l’Espagne, mieux répartir les flux, améliorer l’attractivité des métiers, rendre les vacances plus accessibles et accélérer la transition écologique.
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