Façade de l'Hôtel Plaza Athénée et ses balcons rouges avenue Montaigne
La façade du Plaza Athénée à Paris. Arthur Weidmann / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HÔTEL · PARIS, ÉPISODE 6

Depuis plus d’un siècle, des stores rouges et des balcons en fleurs transforment une façade de l’avenue Montaigne en image de Paris. Cette couleur n’est pas un simple code de marque. Elle cache un hôtel né près d’un théâtre révolutionnaire, occupé par deux armées, adopté par Christian Dior et enveloppé dans l’une des histoires d’amour les plus tenaces de la capitale.

On photographie souvent l’Hôtel Plaza Athénée comme une promesse : géraniums, pierre claire, ferronneries noires et tour Eiffel au bout de la perspective. Le bâtiment compte pourtant pour une raison plus profonde. Il a contribué à façonner son quartier. Avant que l’avenue Montaigne ne devienne synonyme de haute couture, l’hôtel attirait déjà le public que la mode voulait séduire. Puis la mode a traversé la rue.

Ceci n’est ni un banc d’essai ni une publicité. C’est l’histoire documentée d’un palace qui a appris à faire de l’hospitalité une forme de couture, sans effacer les pages plus difficiles derrière ses balcons rouges.

Un nom qui faillit retarder l’ouverture

En 1911, l’hôtelier Jules Cadillat décida de construire un grand établissement avenue Montaigne. L’architecte Charles Lefebvre dessina un immeuble éclectique à façade de pierre de taille et balcons en fer forgé. Le nouveau palace adoptait les manières du Paris haussmannien au moment même où la ville entrait dans la modernité.

L’ouverture fut annoncée pour le printemps 1913, mais le nom « Plaza » n’avait pas été protégé. Selon l’histoire documentée de l’avenue Montaigne, un concurrent le contesta. Le directeur général Hémile Armbruster ajouta « Athénée » et l’Hôtel Plaza Athénée ouvrit officiellement le 20 avril 1913.

Le calendrier était exceptionnel. Le Théâtre des Champs-Élysées venait d’ouvrir à quelques pas. Son architecture en béton armé et sa programmation audacieuse attiraient compositeurs, danseurs, mécènes et critiques. Après les représentations, le public gagnait l’hôtel. Dès l’origine, le Plaza Athénée ne fut pas un luxe isolé, mais une adresse reliée à l’électricité culturelle de la rue.

Annonce historique de l’ouverture de l’Hôtel Plaza Athénée le 20 avril 1913
L’annonce d’ouverture du 20 avril 1913. Ch. Guillermo / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Source / licence

Un palace construit sur deux rythmes

Le ministère français de la Culture situe la construction de l’ensemble actuel en deux campagnes, entre 1912 et 1919, puis son agrandissement dans les années 1920. La façade suit l’ordre vertical de l’avenue Montaigne, tandis que les balcons projettent chaque chambre vers le spectacle public de la rue.

À l’intérieur, deux langages se répondent. Les chambres classiques cultivent moulures, soieries, lustres et proportions d’un appartement parisien. D’autres espaces adoptent la géométrie Art déco. La rencontre devint spectaculaire en 1936, lors de l’ouverture du Relais Plaza imaginé par Constant Lefranc, avec pour référence la salle à manger de première classe du paquebot Normandie.

L’architecture n’est donc pas un instant figé. Elle superpose ambition d’avant-guerre, agrandissement des Années folles, imaginaire maritime et restaurations inspirées par la couture. En 1994, la façade sur l’avenue, la toiture, le hall, la grande galerie, la salle à manger et le Salon Montaigne furent partiellement inscrits au titre des monuments historiques.

Stores rouges fleurs et balcons en fer forgé de l’Hôtel Plaza Athénée
Les stores rouges, les fleurs et les balcons qui signent la façade. Alexander Baranov / Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Source / licence

Les premières décennies difficiles

Une publicité de 1923 montre que l’hôtel se vendait déjà à l’international. Le Plaza Athénée avait compris que Paris était un désir mondial. Mais ses premières décennies furent traversées par les conflits européens et l’incertitude économique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel fut occupé successivement par les commandements allemand puis américain. Il retrouva son activité commerciale en 1946. Cette succession n’est pas un détail. Des chambres utilisées par une armée d’occupation durent redevenir des espaces d’hospitalité civile, au moment où Paris cherchait à retrouver sa confiance culturelle.

Le Relais Plaza, inauguré quelques années avant la guerre, survécut comme l’une des salles Art déco les plus reconnaissables de la ville. Son retour participa à une renaissance parisienne dans laquelle restaurants, théâtres et maisons de couture signalaient que la vie publique reprenait.

Publicité historique de 1923 pour l’Hôtel Plaza Athénée à Paris
Une publicité du Plaza Athénée publiée en Argentine en 1923. Revista Plus Ultra / Wikimedia Commons, domaine public. Source / droits

Le jour où la couture traversa l’avenue

Christian Dior comprit la clientèle de l’hôtel avant que l’avenue ne devienne l’adresse la plus concentrée de la mode parisienne. Il installa sa maison au 30 avenue Montaigne à la fin de 1946, puis présenta en 1947 la collection qui allait être baptisée le New Look. En face, le Plaza Athénée réunissait précisément les clientes internationales, éditrices et personnalités qu’il souhaitait attirer.

Dior devint un visiteur régulier. L’hôtel documente des défilés et des séances photo organisés dans ses salons, et d’autres créateurs s’installèrent à sa suite. La relation n’était pas décorative. Le palace offrait un public; la maison de couture donnait à la rue une nouvelle identité. Ensemble, ils transformèrent l’avenue Montaigne en nom mondial.

Robe de bal Henri Sauguet de Christian Dior créée en 1949 et 1950
La robe de bal « Henri Sauguet » de Christian Dior, 1949–1950. Photographie Mabalu / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Source / licence

Le dialogue se poursuivit après la disparition de Dior. Une photographie de 1962 montre la journaliste de mode Marie-Jacques Perrier lors d’un dîner au Plaza Athénée en l’honneur du créateur de chaussures Charles Jourdan. Elle saisit le rôle le plus influent de l’hôtel : non pas servir de décor à la mode, mais devenir l’une des pièces où ses réseaux se rencontrent, s’observent et décident de ce qui compte.

La journaliste de mode Marie-Jacques Perrier lors d’un dîner au Plaza Athénée en 1962
Marie-Jacques Perrier lors d’un dîner en l’honneur du créateur Charles Jourdan au Plaza Athénée, 1962. Robert Perrier / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Source / licence

SI CES MURS POUVAIENT PARLER : pourquoi les balcons sont devenus rouges

Le détail le plus célèbre de l’hôtel est lié, dans le récit documenté de la maison, à l’histoire entre Jean Gabin et Marlene Dietrich. Ils se seraient rencontrés à dîner au Relais Plaza dans les années 1940, avant de revenir régulièrement à l’hôtel en couple.

Lorsque Dietrich acheta un appartement de l’autre côté de l’avenue, Gabin demanda au concierge d’installer cent roses rouges sur le balcon de la chambre qu’ils avaient partagée, afin qu’elle puisse les voir depuis ses fenêtres. Réunir autant de roses et les conserver était difficile. L’hôtel choisit des géraniums rouges, plus résistants.

La solution survécut à l’histoire d’amour. Les fleurs gagnèrent toute la façade et devinrent une signature permanente. Ce qui ressemble aujourd’hui à un dispositif parfaitement calculé aurait commencé comme un message improvisé envoyé d’un balcon à l’autre.

La légende demeure parce qu’elle explique visuellement le bâtiment. Le Plaza Athénée ne se mémorise pas seulement par sa pierre, mais par une couleur que l’on peut faire refleurir chaque printemps.

Jean Gabin et Marlene Dietrich ensemble à Paris après la Libération en 1944
Jean Gabin et Marlene Dietrich à Paris peu après la Libération, août 1944. Photographe inconnu / Wikimedia Commons, domaine public. Source / droits

Transformations, agrandissement et débat public

Le Plaza Athénée rejoignit Dorchester Collection en 2001. Les interventions suivantes firent entrer des designers contemporains tout en préservant le dialogue entre style classique et Art déco. L’hôtel ferma en 2013 pour un vaste agrandissement et rouvrit en 2014 après avoir intégré des immeubles voisins.

En 2024, Moinard Bétaille livra 49 chambres et suites rénovées aux cinquième et sixième étages, dont la Suite Royale. Moulures, corniches et parquet de Versailles furent conservés, tandis que de nouvelles palettes, des soieries sur mesure et des motifs inspirés de la vigne vierge de La Cour Jardin apportèrent une lecture plus légère.

L’actionnariat a également placé le palace dans un débat plus large. Les établissements de Dorchester Collection sont liés à la Brunei Investment Agency. Les appels internationaux au boycott de 2014, puis ceux de 2019 liés au code pénal du Brunei, citèrent le Plaza Athénée. Cette controverse doit être rapportée : l’importance architecturale et les questions liées à la propriété peuvent coexister à la même adresse.

Le Plaza Athénée aujourd’hui

L’hôtel compte aujourd’hui 154 chambres et 54 suites. La Suite Royale s’étend sur environ 450 mètres carrés avec quatre chambres et quatre salles de bains. Les Suites Eiffel cadrent la tour depuis leurs balcons; L’Appartement adopte une écriture Art déco et une terrasse privée. Les meilleures chambres ne se contentent pas d’offrir une vue, elles donnent l’impression d’habiter un appartement parisien très protégé.

Septembre 2026 a ouvert un nouveau chapitre avec La Grande Table du Plaza Athénée. Le restaurant étoilé au Guide Michelin est porté collectivement par le chef exécutif Jocelyn Herland, le chef Anthony Di Prospero et le pâtissier Angelo Musa. Autour d’une table royale en marbre rose et sous 20 000 feuilles d’or, la cuisine revisite un patrimoine français dont certaines recettes remontent à plusieurs siècles.

Le Relais Plaza demeure la brasserie Art déco, aujourd’hui dirigée par Victoria Boller. La Galerie accompagne toute la journée; La Cour Jardin change avec les saisons; Le Bar incarne le visage nocturne et contemporain du palace. Le Dior Spa fait entrer dans l’hôtel une relation qui avait commencé de l’autre côté de l’avenue.

Entrée du Relais Plaza à l’Hôtel Plaza Athénée
Le Relais Plaza, la brasserie Art déco de l’hôtel. Zoya / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Source / licence

Pourquoi les voyageurs le choisissent encore

Ils le choisissent parce qu’il offre une version complète et immédiatement lisible de Paris. La haute couture commence sur le trottoir. La Seine et la tour Eiffel sont accessibles à pied. Les Champs-Élysées et le Grand Palais appartiennent au même Triangle d’or compact.

Ils viennent pour le contraste entre une façade mondialement reconnue et des chambres capables de rester privées. Ils recherchent la mode, les balcons, une restauration de destination, le Dior Spa et un service construit autour de leurs habitudes.

Mais la raison la plus forte est l’identité. Beaucoup d’hôtels de luxe promettent marbre, fleurs et vue. Le Plaza Athénée peut montrer une rue qu’il a contribué à transformer, un vocabulaire créé sur plus d’un siècle et des balcons rouges dont le voyageur connaît l’histoire avant même d’arriver.

Informations pratiques

Adresse : 25 avenue Montaigne, 75008 Paris.
Quartier : Triangle d’or du 8e arrondissement, entre les Champs-Élysées, l’avenue George V et l’avenue Montaigne.
Métro : Alma–Marceau, ligne 9; Franklin D. Roosevelt, lignes 1 et 9.
À proximité : la Seine, la tour Eiffel, le Grand Palais, le Théâtre des Champs-Élysées et les maisons de couture de l’avenue Montaigne.
Informations officielles : Hôtel Plaza Athénée.

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Les services OUISTARS destinés aux lecteurs sont indépendants de la sélection et du traitement éditorial de cette histoire.

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Film publié par France.fr pour la collection Palaces de France, intégré depuis la chaîne YouTube d’origine. Il n’a été ni téléchargé ni réhébergé.


Indépendance éditoriale : Ce récit a été choisi et produit en toute indépendance par oui stars Travel. Il n’implique ni parrainage, ni partenariat, ni séjour offert, ni approbation, ni relation commerciale avec l’hôtel. Le lien OUISTARS correspond à un service distinct destiné au lecteur et n’a influencé ni la sélection ni le traitement éditorial.

Note de recherche : Les faits essentiels ont été vérifiés auprès de l’histoire documentée du palace, de la notice patrimoniale du ministère de la Culture, de l’histoire officielle de l’avenue Montaigne, du récit des géraniums rouges et des documents actuels de Dorchester Collection. Les droits et sources figurent dans chaque légende.

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Osama Samaha
Rédacteur en chef, oui stars Travel

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