Panorama de Riyad au crépuscule pour l’analyse de Vision 2030 et de l’investissement
Riyad — au cœur de la stratégie saoudienne d’investissement, d’infrastructures et de diversification.

oui stars Travel Intelligence | Grand rapport | Vérifié le 6 septembre 2026

Arabie saoudite 2030 : qu’y aura-t-il après le pétrole ?

Au cœur de la course du Royaume pour le tourisme, l’investissement, la culture et les capitaux mondiaux

Par Osama Samaha, rédacteur en chef

L’Arabie saoudite ne s’approche pas littéralement d’une économie « après le pétrole ». Les hydrocarbures représentaient encore 67,5 % des exportations de biens au quatrième trimestre 2025, et la capacité de l’État à financer la transformation demeure sensible aux prix et à la production pétrolière. La vraie question est de savoir si la rente peut créer des secteurs capables de produire demain croissance, emplois, exportations et rendements privés de manière autonome.

LE VERDICT

La transformation est réelle : économie non pétrolière plus vaste, tourisme à grande échelle, nouvelles industries culturelles et sociales, droit de l’investissement modernisé et voie immobilière opérationnelle pour les non-résidents. Mais le succès n’est pas acquis. La prochaine phase doit convertir les chantiers et lancements publics en demande récurrente, entreprises privées rentables, exportations et règles prévisibles lorsque pétrole ou géopolitique se détériorent.

Clé de lecture

DROIT EN VIGUEUR Règle applicable aujourd’hui.
RÉSULTAT ATTEINT Résultat mesuré avec année de référence.
OBJECTIF Ambition officielle, non résultat acquis.
ANNONCE / PIPELINE Projet annoncé, contracté ou en chantier, non revenu d’exploitation.
ANALYSE OUI STARS Notre lecture, séparée des affirmations officielles.

Tableau de bord

Indicateur Dernière donnée Statut
PIB réel +4,5 % en 2025 ; pétrole +5,7 %, activités non pétrolières +4,9 % — GASTAT Atteint
Structure Pétrole brut et gaz : 17,1 % du PIB courant 2025 ; commerce/hôtels/restaurants 12,3 %, industrie hors raffinage 11,1 %, construction 8,0 % Atteint
Exportations Pétrole : 67,5 % au T4 2025 ; exportations nationales non pétrolières -1,5 % sur un an, réexportations +67,4 % Atteint
Tourisme 123 millions de touristes domestiques et entrants en 2025 : 93,3 millions domestiques, 29,3 millions entrants ; 304 Mds SAR de dépenses Atteint
Tourisme 2030 150 millions de touristes domestiques et internationaux Objectif
IDE 26,6 Mds SAR d’entrées nettes au T1 2026, -2,4 % sur un an Atteint
Conjoncture 2026 Prévision FMI : croissance réelle 1,7 %, non pétrolière 2,6 %, contexte régional exceptionnel Prévision

1. Ce que Vision 2030 devait accomplir

Le texte fondateur de 2016 articule une société dynamique, une économie prospère et une nation ambitieuse. Sa logique dépasse le remplacement d’une recette : mobiliser centralité religieuse, puissance d’investissement et position entre trois continents pour diversifier la production, créer des emplois, améliorer l’État et attirer talents et capitaux.

Les changements sont visibles : visa touristique et voyage non religieux généralisés ; marchés du divertissement et de la culture ; participation économique féminine accrue ; modernisation du droit des sociétés, de l’investissement, des transactions civiles et de la propriété ; transformation de PIF en bâtisseur d’écosystèmes nationaux. Ce sont des mutations structurelles.

La prudence statistique reste nécessaire. Le rapport Vision 2030 de 2025 indique l’adoption en 2024 d’une méthode de PIB à base mobile et la révision de l’historique.

2. Diversification réelle, autonomie inachevée

RÉSULTAT ATTEINT : GASTAT mesure +4,9 % pour les activités non pétrolières en 2025. Services, industrie hors raffinage, construction et tourisme forment désormais une économie substantielle.

LIMITE : diversifier le PIB ne signifie pas diversifier exportations et finances publiques. Le pétrole peut peser moins dans le PIB tout en dominant les exportations et en finançant l’investissement. Au T4 2025, les réexportations ont porté l’indicateur non pétrolier large tandis que les exportations nationales non pétrolières reculaient. Le test durable porte sur production locale, productivité et recettes fiscales.

ANALYSE OUI STARS : le Royaume est passé d’une économie racontée par le seul pétrole à une économie de portefeuille financée par le pétrole. La bascule vient quand les nouveaux actifs attirent clients et capitaux privés sans dépendance permanente au bilan souverain.

3. Les secteurs du prochain cycle

La stratégie PIF 2026–2030 passe « de la croissance à la réalisation » : allocation plus sélective, rendement ajusté du risque, financement résilient et rôle accru du privé.

Écosystème Ouvertures Risque
Tourisme, divertissement, culture Hôtels, opérateurs, expériences, aviation, événements, restauration Occupation et demande récurrente
Ville et immobilier Logement, mixité, construction tech, facility management, finance Phasage, absorption, concentration
Industrie avancée Automatisation, R&D, mobilité, électronique, chaînes locales Transfert technologique et export
Industrie, mines, logistique Ports, entrepôts, transformation, minerais, agro-industrie Cycles de matières et interfaces
Énergie propre et eau Solaire, hydrogène, carburants durables, dessalement Contrats d’achat, prix, capital
IA et numérique Data centers, cloud, modèles, applications via HUMAIN Énergie/eau, talents, gouvernance, puces

NEOM demeure un écosystème PIF distinct. Chaque contrat et sous-projet doit être évalué séparément.

4. Ce que l’investisseur étranger peut réellement faire

DROIT EN VIGUEUR : la loi modernisée sur l’investissement s’applique depuis février 2025. Elle autorise en principe les secteurs ouverts, place investisseurs saoudiens et étrangers dans un cadre commun, protège traitement équitable, propriété intellectuelle, gestion et cession licites, compensation en cas d’expropriation et transfert légal des bénéfices et produits de cession. L’étranger s’enregistre auprès de MISA avant l’activité, puis obtient registre et licences sectorielles.

Des activités restent interdites ou soumises à autorisation ; le contrôle de sécurité nationale demeure. Tourisme, finance, télécoms, immobilier, mines et autres secteurs ont leurs propres licences. Saoudisation, contenu local, concurrence, bénéficiaire effectif, fiscalité et lutte anti-blanchiment subsistent.

Les incitations ne sont pas automatiques. Les zones économiques spéciales peuvent offrir, selon zone et activité, impôt réduit, allégements de retenue, traitement douanier et flexibilité de talents. Les activités RHQ agréées bénéficient de 30 ans à 0 % d’impôt sur les sociétés et de retenue. L’activité saoudienne ordinaire n’est pas pour autant défiscalisée.

Hors régime spécial, ZATCA publie un taux de 20 % pour la part non saoudienne des sociétés résidentes, les non-Saoudiens résidents en activité et les non-résidents via établissement stable. TVA : 15 % ; retenues selon paiement et convention.

5. Le nouveau régime immobilier — non-résidents compris

DROIT EN VIGUEUR : la loi sur la propriété des non-Saoudiens est effective depuis le 22 janvier 2026. Elle couvre résidents, non-résidents et voies spécifiques pour sociétés ou entités. Les droits dépendent des zones approuvées, du droit réel autorisé, des plafonds, de la durée d’usufruit et des contrôles Saudi Properties.

RÈGLEMENT : approuvé en juin, il a été publié au Journal officiel le 5 septembre 2026. Un non-résident personne physique doit obtenir une identité numérique saoudienne, ouvrir un compte bancaire saoudien et avoir un numéro mobile saoudien lié avant l’acquisition. Les paiements passent par des canaux électroniques régis par la Banque centrale.

Dans les zones désignées, le non-résident peut acquérir le droit autorisé ; à La Mecque et Médine, l’éligibilité individuelle est réservée aux musulmans. Hors zones, le droit supplémentaire à un seul logement concerne la personne non saoudienne résidant légalement dans le Royaume, hors La Mecque et Médine. Les sociétés suivent d’autres règles. Ce n’est pas une autorisation générale d’achat.

Le règlement fixe un droit REGA de 2 % lors de la cession par un non-Saoudien de droits réels à Riyad, La Mecque, Médine et Djeddah, et 0 % ailleurs ou pour les cas exonérés. Séparément, la taxe sur les transactions immobilières est généralement de 5 %. Vérifier l’application et les exonérations propres à l’opération.

L’article 6 est clair : la propriété ne crée aucun autre privilège. Un titre n’accorde automatiquement ni résidence, ni travail, ni licence d’investissement.

6. Résidence premium : un pont distinct

La résidence de propriétaire exige actuellement un bien résidentiel ou un usufruit qualifiant d’au moins 4 M SAR, non hypothéqué. Une seconde voie concerne une unité sur plan d’au moins 4 M SAR auprès d’un promoteur agréé REGA, avec paiement d’au moins 1 M SAR ou 10 %, le montant supérieur prévalant. La durée reste liée à la propriété ou à l’usufruit.

La résidence d’investisseur d’affaires demande au moins 7 M SAR de part qualifiante, documents valides, preuve d’injection et dix emplois ; la permanence dépend du maintien de l’investissement et de l’emploi pendant deux ans. Les produits entrepreneur suivent d’autres tests. Aucun n’est l’accessoire automatique d’un achat ordinaire.

7. Tourisme : résultat et objectif

RÉSULTAT ATTEINT : en 2025, le ministère a compté 123 millions de touristes domestiques et entrants, 304 Mds SAR de dépenses, 29,3 millions d’entrants et 93,3 millions de domestiques. La contribution directe au PIB était de 4,9 % en 2024 ; l’emploi touristique atteignait environ 1,03 million en 2025. L’objectif initial de 100 millions a été dépassé tôt.

OBJECTIF : 150 millions de touristes domestiques et internationaux en 2030. Ce chiffre ne signifie pas 150 millions d’étrangers.

Des actifs fonctionnent : The Red Sea reçoit des clients depuis 2023 ; AMAALA depuis 2026. AlUla annonce environ 320 000 visiteurs, 1 000 chambres opérationnelles et près de 2 200 vols commerciaux en 2025. Diriyah a dépassé 3,6 millions de visites fin 2025. Qiddiya, NEOM, Soudah et d’autres composantes restent à des étapes différentes.

Le ministère élabore stratégie et réglementation, délivre les licences, publie les données, protège le visiteur et accompagne l’investisseur. Le Tourism Development Fund finance et facilite ; la Saudi Tourism Authority commercialise ; sociétés de projet et autorités régionales développent. Séparer les rôles révèle le risque.

ANALYSE OUI STARS : il faut désormais soutenir tarifs, occupation, qualité, accès aérien et demande de loisirs récurrente hors pèlerinages, événements et ouvertures soutenues par l’État.

8. La culture comme infrastructure économique

Le ministère de la Culture, créé en 2018, et onze commissions établies en 2020 ont constitué des secteurs publics : patrimoine, musées, cinéma, musique, mode, gastronomie, architecture, littérature et artisanat. Le Cultural Development Fund, créé en 2021, soutient 16 secteurs. AlUla, Djeddah historique, Diriyah, le Musée de la mer Rouge, festivals et archéologie transforment l’identité en contenu touristique et emplois créatifs.

Une lacune de transparence est essentielle : le rapport sur l’état de la culture 2024, publié en 2026, indique que les données des six indicateurs fondamentaux de l’économie culturelle manquent pour la première fois. Il serait faux d’inventer ou d’actualiser artificiellement PIB, emplois ou exportations culturels.

ANALYSE OUI STARS : la culture peut allonger les séjours, différencier les destinations et créer de la propriété intellectuelle exportable. Sa crédibilité dépend de meilleures données, d’entreprises indépendantes, du public et de la conservation.

9. La France : partenariat distinctif, non exclusif

La force française se situe dans l’archéologie, la conservation, les musées, l’architecture, le luxe et l’hôtellerie, l’urbanisme, la formation, le transport, le numérique et les grands événements.

L’accord de 2018 sur AlUla a créé AFALULA pour appuyer la Commission royale dans l’urbanisme et l’architecture ; l’eau et l’environnement ; les arts, la culture, le patrimoine et le tourisme ; l’éducation et la formation ; la sécurité. En août 2026, les gouvernements ont prolongé AlUla jusqu’en 2035, approfondi IA, quantique et technologies émergentes, et prévu un cadre financier pour les entreprises françaises. Villa Hegra développe arts, cinéma et échanges.

Côté saoudien : Commission royale pour AlUla, ministères de la Culture, du Tourisme et de l’Investissement, sociétés PIF et régulateurs. Côté français : Élysée et ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour le cadre ; AFALULA pour l’exécution ; Business France pour les entreprises ; institutions culturelles, universitaires et commerciales pour les projets.

ANALYSE OUI STARS : l’avantage français tient au savoir-faire à forte valeur ; il ne prouve pas que Riyad « préfère l’Europe aux États-Unis ».

10. Europe, États-Unis, Asie : diplomatie de portefeuille

Les États-Unis restent centraux pour défense, finance, aviation et technologie de pointe ; le paquet de mai 2025 insistait sur IA, data centers, énergie, aérospatial et défense. L’Europe fournit systèmes industriels, hôtellerie, transport, culture, luxe et durabilité ; la France est visible à AlUla. L’Asie est marché énergétique et partenaire industriel : la Chine était le premier partenaire de biens au T4 2025, avec 13,1 % des exportations et 27,2 % des importations ; le Japon était première destination d’exportation en décembre.

Il s’agit d’une stratégie de couverture et d’acquisition de capacités auprès de plusieurs pôles, non d’une préférence civilisationnelle.

11. Atouts et obstacles

Atout Contrepoids
Demande importante, jeunesse, infrastructures publiques Dépendance possible aux dépenses publiques et événements
Droits légaux et transfert de capitaux Autorisations sectorielles et pratique récente
Marchés de fourniture et d’exploitation Coûts de localisation et saoudisation
Croissance touristique et capacités Exécution, phasage, absorption, talents
Parité dollar et banques solides Risques FMI : devises, lien souverain-banques, grands projets
Position entre trois continents Chocs maritimes et risque régional
Immobilier ouvert aux non-résidents Zones, règles neuves, frais, historique de revente limité

Le changement réglementaire est favorable mais rapide : toute diligence doit dater loi, règlement, guide et règle de portail. Il faut modéliser délais de paiement, talents importés, partenaires locaux, marchés publics et liquidité de sortie.

12. Le vrai test de 2030

  1. Productivité non pétrolière autonome, au-delà de la demande publique.
  2. Entrée réelle du capital privé, PIF devenant catalyseur et actionnaire discipliné.
  3. Complexité des exportations en biens saoudiens, services, technologies et propriété intellectuelle.
  4. Économie touristique viable : répétition, occupation, prix, accès, chaînes locales et conservation.
  5. Prévisibilité institutionnelle : règles stables, cartes transparentes, recours et données.
  6. Capital humain : emplois associés aux compétences et à la productivité.
  7. Résilience budgétaire : projets séquencés, épargne intergénérationnelle, stabilité financière.

Le FMI, en juillet 2026, constate les réformes et le dynamisme non pétrolier, mais demande consolidation budgétaire, meilleure gestion de l’investissement public, marchés de capitaux plus profonds, capital humain, gouvernance et vigilance bancaire.

CONCLUSION OUI STARS : le Royaume a déjà changé ce que visiteurs, entreprises et créateurs peuvent y faire. Il reste à prouver que la nouvelle économie produit de la valeur après la construction de la plateforme publique et lorsque le cycle pétrolier est moins généreux. Voilà le sens économique de 2030.

Sources principales

À lire aussi : Immobilier, résidence premium et limites de la réforme ; AlUla et l’investissement touristique.

Analyse éditoriale indépendante. Ce rapport ne constitue pas un conseil juridique, fiscal, migratoire ou financier. Vérifiez les règles le jour de l’opération.

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