Colossal statue of Ramesses II in the Grand Hall of the Grand Egyptian Museum
The colossal statue of Ramesses II in the Grand Hall. Photo: Holger Uwe Schmitt / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Des trésors de Toutânkhamon aux mystères de la vie et de la mort : pourquoi ne faudrait-il pas visiter ce musée avec les yeux seulement ?

Qu’a donné l’Égypte au monde ? La réponse est probablement trop vaste pour tenir dans les pyramides, les temples, les rois ou même les trésors de Toutânkhamon. L’Égypte a légué une mémoire à l’humanité. Et, avec elle, des questions qui ne sont toujours pas refermées.

Il existe des musées où l’on entre pour voir ce qu’ils contiennent. D’autres lieux exigent une disponibilité intérieure. Le Grand Musée égyptien appartient, à mes yeux, à cette seconde famille.

N’y entrez donc pas en comptant seulement les objets, les photos à prendre ou les heures nécessaires pour « terminer » la visite. Entrez en posant des questions. Prenez le temps de regarder. Cherchez.

Car ce ne sont pas uniquement des vestiges anciens qui se tiennent devant vous. Ce sont des messages qui ont traversé les millénaires pour parvenir jusqu’à nous.

Note de l’auteur. Ce texte est une chronique signée : il associe des faits historiques et muséographiques vérifiés à une méditation personnelle et spirituelle d’Osama Samaha. Cette réflexion n’est ni une conclusion archéologique ni une démonstration scientifique. Elle ne présente pas chaque objet comme un « message divin » au sens littéral et n’identifie aucune momie à une figure religieuse précise.

La façade et l’entrée du Grand Musée égyptien à Gizeh
La façade du Grand Musée égyptien : une architecture contemporaine en dialogue avec la mémoire de l’Égypte. Photo : Ibrahim.ID / Wikimedia Commons — licence CC BY 4.0. Source.

« Afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi »

Un passage de la sourate Yûnus m’accompagne depuis longtemps :

﴿فَالْيَوْمَ نُنَجِّيكَ بِبَدَنِكَ لِتَكُونَ لِمَنْ خَلْفَكَ آيَةً﴾
Coran, sourate Yûnus, 10:92

Dans le sens du passage : « Aujourd’hui, Nous préserverons ton corps afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi. » Ce qui me retient surtout, c’est cette idée d’une présence qui demeure pour les générations suivantes — afin qu’elles regardent, interrogent et méditent.

C’est le point de départ d’une réflexion intime, non une étiquette posée sur les collections. L’archéologie possède ses méthodes ; la datation, ses preuves ; le musée, ses responsabilités scientifiques. Mais une question reste ouverte : que signifie le fait qu’un corps, une pierre ou un objet façonné par une main humaine atteigne des générations que son auteur ne pouvait imaginer ?

Au musée, la survie devient elle-même un sujet. Les œuvres sont arrivées jusqu’à nous par des chemins très différents : protégées par une tombe, recouvertes par le sable, fragmentées, fouillées, documentées, restaurées puis déplacées. Entre leur conservation matérielle et le sens que nous leur accordons aujourd’hui commence la véritable visite.

Pourquoi tout cela a-t-il survécu ?

L’histoire institutionnelle du musée est déjà longue. Le site près des pyramides de Gizeh fut attribué en 1992 ; la première pierre posée en 2002 ; Heneghan Peng remporta le concours international d’architecture en 2003. Le Centre de conservation ouvrit en 2010. La statue colossale de Ramsès II entra dans le Grand Hall en 2018, le Grand Escalier accueillit partiellement le public en 2023, puis les galeries principales suivirent en phase d’essai en 2024. L’inauguration officielle eut lieu le 1er novembre 2025.

Mais l’histoire essentielle commence bien avant. Les collections parcourent la civilisation égyptienne, de la préhistoire aux périodes grecque et romaine. Les galeries principales ne proposent pas seulement une chronologie : elles organisent la lecture autour de la royauté, de la société et des croyances — trois portes d’entrée vers la façon dont l’Égypte ancienne concevait l’ordre, le pouvoir, la communauté et le cosmos.

Les sculptures monumentales du Grand Escalier du Grand Musée égyptien
Le Grand Escalier inscrit la sculpture monumentale dans le mouvement même de la visite. Photo : Richard Mortel / Wikimedia Commons — licence CC BY 2.0. Source.

Sur le Grand Escalier, statues royales, stèles, colonnes, sarcophages et fragments d’architecture venus de contextes différents se répondent. Leur présence n’est pas le résultat d’un unique miracle de conservation, mais d’une chaîne complexe : résistance des matériaux, pratiques funéraires, hasard, fouilles, restauration et patient travail documentaire.

À chaque réponse s’attache une autre question. Comment ces masses furent-elles transportées ? Comment les ateliers travaillaient-ils ? Que nous dit un détail de couronne, un cartouche, un geste sculpté ? Comment les anciens Égyptiens concevaient-ils la mort — et pourquoi choisir la pierre pour certaines paroles, la couleur pour d’autres, l’or pour d’autres encore ?

Fragment d’un monument égyptien ancien portant des hiéroglyphes sur le Grand Escalier
De près, la pierre cesse d’être une masse silencieuse : elle redevient texte, image et trace d’une main. Photo : Richard Mortel / Wikimedia Commons — licence CC BY 2.0. Source.

Devant Toutânkhamon, ne regardez pas seulement l’or

La collection de Toutânkhamon attire immédiatement le regard. L’or scintille, le nom est universellement connu, le masque est devenu l’un des visages les plus célèbres de l’archéologie. Pourtant, réduire l’expérience à l’éclat serait passer à côté de l’essentiel.

La tombe fut découverte en 1922 par Howard Carter et son équipe, avec le soutien de Lord Carnarvon. Les galeries du Grand Musée égyptien réunissent aujourd’hui des milliers d’objets dans un récit qui aborde la découverte, l’identité du roi et sa famille, les funérailles, la vie quotidienne et l’idée de renaissance dans l’au-delà. Ce n’est pas une salle des trésors : c’est une biographie racontée par les choses qui entourèrent une vie et une mort.

Des visiteurs devant des objets dorés de la collection de Toutânkhamon
Dans les galeries de Toutânkhamon, la virtuosité technique, le symbole et la mémoire composent un même récit. Photo : Holger Uwe Schmitt / Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0. Source.

Devant le masque, pensez à la main qui a travaillé le métal, à l’œil qui a choisi le lapis-lazuli, le verre, la cornaline, l’obsidienne, la faïence et le quartz. Demandez-vous quel système de croyances liait l’image du roi à la protection et à l’éternité. Les inscriptions ne sont pas un décor ajouté à une matière précieuse ; elles appartiennent à une vision cohérente du monde.

Il ne s’agit pas d’interdire l’émerveillement devant l’or. Il est réel. Mais la maîtrise des artisans l’est davantage encore, tout comme la manière dont une société a transformé la peur de disparaître en images, en rites et en objets.

Le masque funéraire en or de Toutânkhamon et ses incrustations bleues
Le masque funéraire de Toutânkhamon : derrière l’or, une grammaire de la protection, de l’identité et du souvenir. Photo : Dawid Wdowczyk / Wikimedia Commons — licence CC BY 4.0. Source.

Lisez, puis allez au musée

La visite devrait commencer avant l’arrivée. Lisez un chapitre fiable sur l’histoire de l’Égypte ancienne. Distinguez l’Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. Familiarisez-vous avec le nom royal, la fonction du temple, la logique de la tombe et le principe de l’écriture hiéroglyphique. Vous ne deviendrez pas égyptologue, mais votre regard disposera de clés.

Celles et ceux qui s’intéressent aux religions peuvent aussi réfléchir, selon leur foi et leur méthode, à la présence de l’Égypte, de ses peuples, de ses souverains et des prophètes dans le Coran, la Bible ou la Torah. La frontière doit toutefois rester nette : la méditation spirituelle n’est pas une preuve archéologique. On ne plaque pas un texte sur un objet et l’on n’attribue pas une identité historique sans éléments solides.

Le musée n’offre pas à chacun la même réponse — et c’est une force. Un enfant demandera comment une statue fut dressée ; un ingénieur observera la lumière ; un artiste s’arrêtera devant une ligne ; un croyant méditera la survie ; un chercheur reconnaîtra une énigme encore ouverte.

Ne visitez pas trop vite

Le site officiel indique que le complexe couvre environ 500 000 mètres carrés. N’en faites pas un motif de course. Une bonne visite ne se mesure pas au nombre de salles « faites », mais au nombre de moments où l’on a vraiment regardé.

Arrêtez-vous devant les visages. Comparez les pierres. Lisez les cartels jusqu’au bout. Regardez l’arrière d’une sculpture lorsque le parcours le permet. Évaluez la taille d’un outil par rapport à la main qui l’employait. Reculez pour comprendre le rapport entre l’objet et l’espace, puis approchez-vous pour voir la rayure ou le pigment que le temps n’a pas effacé.

Si votre temps est limité, choisissez un fil : la royauté, la vie quotidienne, les croyances, Toutânkhamon ou le Grand Escalier. Mieux vaut sortir avec cinq vraies questions qu’avec des centaines de photographies que l’on ne regardera plus.

Deux sculptures égyptiennes éclairées dans le Grand Musée égyptien de nuit
Dans la lumière du soir, la sculpture retrouve une présence humaine presque immédiate. Photo : Mohamed Shokry Algarnosy / Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0. Source.

Ils étaient humains, comme nous

La solennité des colosses peut le faire oublier. Les anciens Égyptiens aimaient, craignaient, rêvaient, travaillaient, tombaient malades et perdaient ceux qu’ils aimaient. Ils ont bâti des institutions, connu des conflits, laissé des messages personnels et réfléchi à la mort comme à ce qui pouvait lui succéder.

La technologie a changé ; nombre de questions demeurent. Comment protéger ceux que nous aimons ? Que reste-t-il d’un nom ? Les générations suivantes se souviendront-elles de nous ? Comment donner du sens à un temps bref ? Qu’est-ce qui rend une vie digne d’être racontée ?

Devant une chaise, une sandale, un coffret, un jouet ou un récipient, la « civilisation » cesse d’être un mot monumental. Elle redevient un geste quotidien. Dans la courte distance entre une main ancienne et un regard contemporain, l’histoire devient relation humaine.

Et nous, que laisserons-nous ?

Le musée se transforme alors en miroir. Les anciens Égyptiens ont laissé des objets qui provoquent encore recherche, débat et émerveillement. Que laissera notre civilisation ? Des milliards d’images enfermées dans des plateformes qui disparaîtront peut-être ? Des tours sans mémoire ? Du savoir ouvert ? De la pollution ? Des œuvres ? De meilleures questions ?

Nous ne pouvons pas considérer le passé depuis une position de supériorité. Notre présent deviendra lui aussi ancien. Il subsistera de nous des matériaux, des textes, des décisions et probablement des erreurs. Le musée ne demande donc pas seulement : qu’ont-ils créé ? Il nous demande, plus silencieusement encore : que créons-nous — et pour qui ?

Vue panoramique des trois grandes pyramides du plateau de Gizeh
Le plateau de Gizeh : le paysage monumental aux côtés duquel se tient aujourd’hui le Grand Musée égyptien. Photo : Benjamin Inbar / Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0. Source.

Voir avant de partir

Ce court film officiel d’Experience Egypt offre une première approche visuelle de l’ouverture du Grand Musée égyptien. Considérez-le comme un prélude, jamais comme un substitut à la visite.

Vidéo officielle : Experience Egypt, publiée le 2 novembre 2025.

Préparer la visite

Adresse : El Remayah Square, route désertique Le Caire–Alexandrie, Gizeh, à proximité du plateau des pyramides.

Horaires actuellement publiés : dimanche, lundi, mardi, jeudi et vendredi, complexe de 8 h 30 à 19 h et galeries de 9 h à 18 h. Mercredi et samedi, complexe jusqu’à 22 h et galeries jusqu’à 21 h. Dernière entrée une heure avant la fermeture des galeries.

Billets : utilisez uniquement la billetterie officielle du musée. Vérifiez-la avant le départ : horaires, billets et disponibilité de certaines expériences peuvent évoluer.

Le don de l’Égypte à l’humanité

La valeur du Grand Musée égyptien ne tient pas seulement à son échelle, à son architecture ou au nombre d’œuvres qu’il conserve. Sa force est de réorganiser notre relation à un temps très lointain et de placer la mémoire devant nous, sous une forme que l’on peut voir, lire et questionner.

L’Égypte offre ici à l’humanité une mémoire. Des questions. Une civilisation. Et des messages à travers le temps.

Visitez le Grand Musée égyptien non seulement en touristes, mais en explorateurs attentifs. Emmenez vos enfants. Vos amis. Et prenez avec vous votre curiosité, vos doutes, vos questions.

Peut-être trouverez-vous une réponse à une interrogation ancienne. Peut-être remarquerez-vous quelque chose que personne autour de vous n’a vu. Peut-être comprendrez-vous que certains des plus grands trésors transmis par l’Égypte ne sont pas uniquement les objets visibles…

Mais les messages et les questions qui continuent de nous parvenir, après des milliers d’années.

Osama Samaha
Editor-in-Chief
oui stars Travel


Sources principales de vérification : histoire officielle du musée ; galeries de Toutânkhamon ; statue colossale de Ramsès II ; plan du complexe ; sourate Yûnus 10:92. Informations pratiques vérifiées le 14 septembre 2026.

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