L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HÔTEL · PARIS, ÉPISODE NEUF
Depuis certaines terrasses, la tour Eiffel paraît presque entrer dans la chambre. C’est l’image qui a fait le tour du monde : Paris cadré par une balustrade privée, le monument à portée de regard. Pourtant, l’homme qui fit construire cette demeure ne cherchait pas un décor pour voyageurs. Le prince Roland Bonaparte voulait une maison savante, capable d’abriter sa famille, sa bibliothèque de géographie et ses immenses collections botaniques.
Voilà le paradoxe qui rend le Shangri-La Paris passionnant. Derrière l’une des vues les plus désirées de l’hôtellerie parisienne se trouve un hôtel particulier conçu pour un scientifique, devenu siège d’entreprise puis propriété de l’État, profondément transformé avant de retrouver une partie de sa mémoire.
Ceci n’est pas un avis d’hôtel, et aucun séjour n’a été offert. C’est l’histoire documentée d’une demeure dont la définition du prestige n’a cessé de changer.
Une maison pour les livres, les plantes et les Bonaparte
En 1891, le prince Roland Bonaparte acquiert près de 3 000 m² sur la colline de Chaillot, face au musée Guimet. Petit-neveu de Napoléon Ier, il est aussi géographe, botaniste, collectionneur et membre de plusieurs sociétés savantes. Il lui faut un lieu capable de réunir vie familiale, réception et recherche.
Il confie le projet à l’architecte Ernest Janty en 1892. Quatre années de travaux sont nécessaires. En 1896, Roland et sa fille Marie s’installent dans un hôtel particulier qui tient autant de la résidence aristocratique que de l’institution scientifique. Les salons accueillent la société parisienne ; les étages préservent l’intimité familiale ; ailleurs s’ordonnent bibliothèque, herbier et archives.

Une architecture entre Louis XIV, Empire et modernité
Ernest Janty ne choisit pas un style unique. La composition des façades, le grand escalier et les salons empruntent au vocabulaire de Louis XIV et du XVIIIe siècle. Les références Empire rappellent la lignée Bonaparte, tandis que les motifs floraux du fer forgé et certains vitraux annoncent déjà l’Art nouveau.
L’arrivée est conçue comme une mise en scène : grille de fer et de bronze, vestibule, galerie puis escalier d’honneur. Marbre, dorures, parquet, cheminées et lustres imposent un rythme lent. Derrière ce faste se cachait pourtant une maison très fonctionnelle, avec ses circulations de service et ses écuries. Celles-ci connaîtront, un siècle plus tard, une métamorphose inattendue.
SI CES MURS POUVAIENT PARLER : les fiançailles de Marie Bonaparte
En 1907, les salons de la demeure servent de cadre aux fiançailles de Marie Bonaparte avec le prince Georges de Grèce et de Danemark. L’événement semble alors appartenir au grand récit des alliances européennes. Mais la vie de Marie dépassera largement le rôle décoratif réservé aux princesses.
Elle devient psychanalyste, traductrice et proche collaboratrice de Sigmund Freud. En 1938, elle mobilise sa fortune, sa position et ses relations diplomatiques pour aider Freud et sa famille à quitter Vienne après l’annexion nazie de l’Autriche. La jeune femme célébrée dans ces salons dorés deviendra ainsi une figure majeure de la psychanalyse française et d’un sauvetage intellectuel décisif.
Les murs gardent donc deux images : celle d’une cérémonie aristocratique en 1907 et celle d’une femme qui choisira plus tard le savoir, l’action et l’indépendance.

Les noms que l’histoire permet de citer
Les personnalités les mieux documentées appartiennent d’abord à la vie originelle de la demeure : le prince Roland Bonaparte, sa fille Marie et le prince Georges de Grèce et de Danemark, dont les fiançailles furent célébrées ici. Les sources officielles et institutionnelles ne publient pas de registre fiable des célébrités reçues depuis l’ouverture de l’hôtel. Nous avons donc écarté les listes non vérifiées d’acteurs, de chanteurs ou de responsables politiques.
La vie difficile d’un palais devenu bureaux
Roland Bonaparte meurt en 1924. La demeure est vendue à la Compagnie Financière de Suez, puis acquise en 1944 par l’État français pour y installer le Centre Français du Commerce Extérieur. Les usages institutionnels maintiennent l’adresse en activité, mais modifient profondément ses espaces.
La notice du ministère de la Culture est claire : de nombreuses transformations ont altéré une large partie des élévations et des intérieurs. Des distributions anciennes et des décors importants ont néanmoins survécu. Le bâtiment n’était pas une capsule intacte ; il fallait retrouver son architecture sous plusieurs décennies d’adaptations.
Quatre années pour retrouver la demeure
Le groupe Shangri-La acquiert l’ensemble en 2006. L’architecte Richard Martinet et le décorateur Pierre-Yves Rochon conduisent une restauration de quatre ans—exactement la durée du chantier originel. Les équipes étudient stucs, dorures, marbres, parquets, ferronneries et archives, tout en transformant près de 20 000 m² pour les exigences d’un hôtel contemporain.
Le projet ne cherche pas à nier le temps. Il reconstruit des continuités. Les salons historiques redeviennent les points d’ancrage de la maison ; les interventions nouvelles adoptent une présence plus discrète. En 2009, façades, toitures, grille, escalier d’honneur et plusieurs pièces décorées sont inscrits au titre des Monuments historiques. Le Shangri-La Paris ouvre le 17 décembre 2010 et obtient la distinction officielle Palace en 2014.
Le Shangri-La Paris aujourd’hui
L’hôtel compte désormais 100 chambres et suites. Les volumes français s’accompagnent de références asiatiques mesurées, sans transformer la demeure en décor thématique. Les catégories les plus demandées regardent naturellement la tour Eiffel : chambres avec terrasse, duplex et suites Signature donnent au monument une place presque architecturale dans le séjour.

Les suites qui racontent le mieux l’adresse
La Suite Gustave Eiffel possède une terrasse d’angle tournée vers le monument. La Suite Chaillot ouvre le regard sur la ligne de Paris. La Suite Shangri-La élargit le panorama de la tour Eiffel jusqu’au Grand Palais et au Sacré-Cœur.
Mais la pièce historiquement essentielle reste L’Appartement Prince Bonaparte. Installé au deuxième étage dans les anciens appartements du prince, cet espace de 315 m² conserve des plafonds de cinq mètres, des moulures dorées, un parquet Versailles et un décor Directoire protégé. Ses balcons regardent l’avenue d’Iéna et le musée Guimet : une orientation qui rappelle que la maison possédait sa propre géographie avant de devenir célèbre pour la tour Eiffel.

À table, la rencontre de Paris et de l’Asie
Ouvert en 2011, Shang Palace fut le premier restaurant Shang Palace d’Europe. Étoilé Michelin de 2012 à 2024, il a contribué à inscrire la haute gastronomie chinoise dans l’univers des palaces parisiens. Le chef Tony Xu poursuit aujourd’hui cette histoire à partir des traditions régionales chinoises et de produits français sélectionnés.

L’offre évolue encore. Maison Roland, ouvert en mai 2026, revisite le bistrot parisien face au jardin et porte le nom du premier résident. Les Salons du Prince privilégient une restauration plus légère. Le Bar Botaniste traduit, jusque dans ses spiritueux, la passion de Roland Bonaparte pour les plantes.

Une piscine dans les anciennes écuries
Chi, Le Spa occupe l’emplacement des anciennes écuries. Sa piscine de 17 mètres, baignée de lumière naturelle, s’ouvre vers une terrasse végétalisée de 94 m². C’est peut-être la transformation la plus éloquente du projet : un espace de service du XIXe siècle devenu refuge silencieux, sans perdre sa position dans le plan historique.

Pourquoi les voyageurs le choisissent encore
La réponse immédiate est la vue. Peu de palaces parisiens offrent une telle proximité visuelle avec la tour Eiffel dans autant de catégories de chambres. Mais l’intérêt durable vient du contraste : se réveiller face au monument, descendre un escalier classé, dîner dans un grand restaurant chinois puis nager là où se trouvaient les écuries du prince.
L’emplacement séduit aussi les voyageurs attirés par l’art : le musée Guimet se trouve en face, le Palais de Tokyo et le Musée d’Art Moderne sont proches, tandis que le Trocadéro, la Seine et la tour Eiffel se rejoignent à pied.
Informations pratiques
Adresse : 10 avenue d’Iéna, 75116 Paris.
Quartier : 16e arrondissement, colline de Chaillot.
Métro : Iéna, ligne 9.
Arrivée / départ : 15 h / 12 h, selon les conditions en vigueur.
Site officiel : Shangri-La Paris.
Faire de la vue Eiffel le début d’un vrai voyage parisien
Pour les lecteurs qui choisissent Chaillot, OUISTARS peut organiser l’arrivée autour de l’adresse : accueil personnalisé à l’aéroport, voiture privée jusqu’à l’avenue d’Iéna et programme sur mesure entre musées, mode, gastronomie et Seine. Le choix éditorial reste indépendant ; l’expérience pratique se construit autour de vous.
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Vidéo : le film officiel du Shangri-La Paris
Ce film officiel présente l’ancienne demeure Bonaparte, ses décors et son rapport à la tour Eiffel. Il est diffusé directement depuis le site officiel de Shangri-La, sans téléchargement ni réhébergement.
Indépendance éditoriale et vérification
Le Shangri-La Paris a été retenu pour son importance architecturale et historique. Cet article a été produit en toute indépendance et n’implique ni partenariat, ni parrainage, ni séjour offert, ni recommandation commerciale. Les faits historiques ont été vérifiés auprès du ministère français de la Culture, des documents officiels de l’hôtel et de sources institutionnelles. Les services actuels ont été contrôlés en septembre 2026.
Sources sélectionnées
- Ministère de la Culture : ancien hôtel particulier de Roland Bonaparte
- Présentation officielle du Shangri-La Paris
- Chambres et suites officielles
- Chi, Le Spa
- Shang Palace
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Osama Samaha
Rédacteur en chef — OUISTARS Travel
















