L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HÔTEL · PARIS, ÉPISODE HUIT
Avenue George V, deux hôtels se dressent assez près l’un de l’autre pour former une étrange famille royale. L’un porte le nom d’un roi. L’autre, le titre de son fils, le prince de Galles. Cette proximité n’est pourtant pas née d’un hommage dynastique bien ordonné. Elle commence par un désaccord, un terrain parisien partagé en deux et deux hôteliers décidés à bâtir leur propre idée du prestige.
On résume souvent le Prince de Galles à son élégance Art déco. Son histoire est plus singulière : un hôtel élevé au-dessus des anciennes carrières de Chaillot, baptisé en l’honneur d’un prince qui renoncera plus tard au trône, fréquenté par des personnalités qui maîtrisaient l’art du pouvoir et de la représentation, puis sauvé de la banalité par une restauration qui choisit la mémoire plutôt que la mode.
Ceci n’est ni un banc d’essai ni une publicité. Aucun séjour n’a été offert. Voici l’histoire documentée d’une demeure parisienne devenue l’une des adresses les plus distinctives de l’avenue George V.
Deux hommes, une parcelle de Paris
À la fin des années 1920, la Ville de Paris met en vente un terrain situé au-dessus des anciennes carrières de Chaillot. La pierre extraite dans ce secteur avait notamment servi à construire l’Arc de Triomphe. Le nouveau quartier hôtelier allait donc s’élever, au sens presque littéral, sur la matière du Paris monumental.
Les récits d’architecture rapportent que les hommes d’affaires François Dupré et André Millon envisagèrent d’abord ensemble un hôtel de luxe, sans parvenir à s’entendre. La parcelle fut divisée. Dupré développa l’hôtel George V, baptisé du nom du souverain britannique. Millon, déjà lié au Grand Hôtel et au Meurice, créa sa propre maison et choisit le nom Prince de Galles, titre porté par le fils de George V, le futur Édouard VIII.
Les deux bâtiments devinrent ainsi un diptyque royal involontaire : le père et le fils transformés en pierre, en hospitalité et en rivalité.

Un hôtel pour l’aristocratie moderne
André Millon confie le projet à l’architecte André-Louis Arfvidson. Le chantier se déroule à la fin des Années folles et l’hôtel ouvre en 1929, au sommet du mouvement Art déco.
La façade reste élégante sans être démonstrative : pierre claire, baies cintrées, balcons en fer forgé et rythme vertical maîtrisé. À l’intérieur, l’ornement géométrique, le marbre, les bois sombres, les métaux dorés et des milliers de tesselles composent une modernité qui n’abandonne jamais le cérémonial.
Le patio devient le cœur émotionnel de l’édifice. Ses mosaïques rouges et or changent la cour intérieure en scène lumineuse, tout en isolant l’hôtel du bruit et du spectacle de l’avenue. Millon voulait l’atmosphère d’une grande demeure privée plutôt que celle d’un palace monumental. Cette différence demeure essentielle.
Le prince dont le titre survécut au règne
Le nom constituait un pari sur la royauté et la célébrité. Édouard, prince de Galles, était l’un des hommes les plus photographiés de sa génération. Devenu roi Édouard VIII en 1936, il abdiqua avant son couronnement afin d’épouser Wallis Simpson.
L’hôtel ne changea pas de nom. Il resta associé au titre des années brillantes précédant la crise constitutionnelle, conservant l’image d’Édouard en prince élégant et voyageur. L’ironie historique est remarquable : le bâtiment ne commémore pas la couronne qu’il porta brièvement, mais la fonction qu’il abandonna.
SI CES MURS POUVAIENT PARLER : le roi, le fils et le terrain partagé
La scène la plus révélatrice précède l’arrivée du premier client. Imaginons la parcelle des années 1920, au-dessus des carrières de Chaillot, encore susceptible d’accueillir un seul grand hôtel. Deux hommes d’affaires se divisent. Le terrain est coupé en deux. Une moitié devient le George V ; l’autre répond avec le titre autrefois porté par ce roi et désormais détenu par son fils.
On pourrait y voir une plaisanterie inscrite dans le plan de Paris. Ces noms montrent surtout comment se construisait le luxe entre les deux guerres. Quelques mots suffisaient à condenser monarchie, reconnaissance internationale et ambition sociale. Le voyageur ne réservait pas seulement une chambre : il entrait dans une hiérarchie narrative comprise avant même que la voiture n’atteigne la porte.
Près d’un siècle plus tard, les deux hôtels regardent toujours la même avenue. Le désaccord commercial originel est devenu un petit théâtre urbain. Le Prince de Galles en reste la réponse plus intime, plus retenue.
Des hôtes qui connaissaient le pouvoir de la mise en scène
L’histoire officielle de l’hôtel cite Winston Churchill et Marlene Dietrich, ainsi que des membres de familles royales. Leur présence dépasse la simple célébrité. Churchill connaissait le poids politique de Paris et la dramaturgie de la vie publique. Dietrich maîtrisait l’autocréation, le vêtement et le mystère contrôlé, qualités parfaitement accordées à un décor Art déco.


Des récits ultérieurs relient également Elvis Presley à des week-ends passés ici durant son service militaire américain en Allemagne. Le Figaro a notamment documenté les admirateurs qui demandent encore sa chambre. La page officielle actuelle nommant explicitement Churchill et Dietrich, ce sont eux qui constituent le noyau le plus solidement vérifié de cette histoire.
L’art difficile de redevenir soi-même
Un hôtel historique ne vieillit jamais en ligne droite. Son problème n’est pas seulement la moquette ou les réseaux techniques. C’est l’identité. Au début du XXIe siècle, le Prince de Galles devait décider si l’Art déco était encore sa langue vivante ou seulement une étiquette commode.
L’établissement ferme en février 2011. Pendant vingt-sept mois, une transformation majeure se déroule derrière les portes closes. À la réouverture, la presse estime le chantier à environ 100 millions de dollars. Pierre-Yves Rochon repense les chambres, les suites et le lobby ; Bruno Borrione intervient sur le restaurant, le bar et le patio.
Le choix de Rochon est décisif. Plutôt que d’imposer un hôtel contemporain interchangeable, il revient aux années 1930. Ébène de Macassar, marbre noir Saint Laurent, ferronnerie, accents dorés et tissus inspirés des archives dialoguent avec les mosaïques d’origine. Ce n’est pas une reconstitution archéologique, mais une interprétation moderne disciplinée par le caractère du bâtiment.
Le Prince de Galles rouvre en 2013 et obtient le classement officiel cinq étoiles.
Un sommet gastronomique, puis un virage brutal
La métamorphose ne s’arrête pas à l’architecture. Sous la direction de Stéphanie Le Quellec, La Scène obtient une première étoile Michelin, puis une deuxième dans le guide 2019. Quelques semaines seulement après cette distinction, l’hôtel choisit de changer de concept et la cheffe quitte les lieux. Elle recréera ensuite La Scène en toute indépendance avenue Matignon, où le Guide Michelin lui attribuera de nouveau deux étoiles.
L’épisode rappelle qu’un restaurant d’hôtel n’est pas un musée. Même au sommet de la reconnaissance, la stratégie peut redessiner la salle. Aujourd’hui, l’identité culinaire repose sur Akira Back, 19.20 par Norbert Tarayre et le Patio aux mosaïques.

Le Prince de Galles aujourd’hui
L’hôtel compte actuellement 116 chambres et 43 suites. Ses 159 clés lui donnent une présence réelle tout en conservant une échelle plus intime qu’un grand palace de congrès. Mosaïque, marbre, tons de Macassar et calme du patio continuent de porter son identité.
Les suites signatures déclinent cette grammaire. La Suite Or couvre 97 mètres carrés en noir et or. La Suite Saphir s’étend sur 100 mètres carrés et possède deux terrasses meublées sur l’avenue George V. La Suite Lalique en duplex, créée avec la maison de cristal et le designer Patrick Hellmann, occupe les étages supérieurs avec ascenseur privé et vues sur la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. Les pages Marriott actuelles donnent deux surfaces intérieures différentes, 165 et 180 mètres carrés ; le plan en duplex et les grandes terrasses, eux, sont clairement établis.


Akira Back a ouvert en 2022 comme premier restaurant européen du chef, entre cuisine japonaise moderne, influences coréennes et internationales. Restaurant et Bar 19.20 évoque le Paris des années 1920, tandis que le Patio installe l’expérience contemporaine dans le décor patrimonial le plus précieux de la maison. Une Suite Bien-être conçue avec CALMA PARIS et une salle de fitness ouverte 24 heures sur 24 complètent l’ensemble.

Pourquoi les voyageurs le choisissent encore
L’emplacement explique une partie de son attrait. Le 33 avenue George V se trouve au cœur du Triangle d’Or, entre Champs-Élysées, avenue Montaigne, Seine et Arc de Triomphe. Mais la géographie ne suffit pas à distinguer un hôtel de luxe d’un autre.
Le Prince de Galles attire ceux qui préfèrent la discrétion au spectacle et une histoire de design cohérente à une accumulation d’objets coûteux. Le patio se tourne vers l’intérieur. La façade ne crie pas. Les meilleurs détails récompensent l’attention au lieu de la réclamer.
Surtout, la maison reste liée à un moment parisien précis : 1929, lorsque la monarchie pouvait devenir une marque, la mosaïque incarnait la modernité et un terrain divisé engendrait deux versions concurrentes de l’hospitalité royale.
Informations pratiques
Adresse : 33 avenue George V, 75008 Paris.
Quartier : 8e arrondissement, Triangle d’Or, près des Champs-Élysées et de l’avenue Montaigne.
Métro : George V, ligne 1 ; Alma-Marceau, ligne 9, reste également accessible à pied.
Site officiel : Prince de Galles, a Luxury Collection Hotel.
Que l’adresse ouvre le voyage au lieu de le compliquer
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Voir : à l’intérieur du patio Art déco
Ce reportage de l’éditeur vérifié LUXE.TV explore le Prince de Galles et son Patio des Merveilles couvert de mosaïques. La vidéo est intégrée depuis la chaîne YouTube de l’éditeur, sans téléchargement ni réhébergement.
Indépendance éditoriale et vérification
Le Prince de Galles a été choisi pour cette série en raison de sa valeur architecturale et historique. Cet article a été réalisé de manière indépendante et n’implique aucun partenariat, parrainage, séjour gratuit ou soutien commercial. Les pages officielles Marriott ont servi pour les informations actuelles et les hôtes nommés ; des sources d’architecture, le Guide Michelin, l’office du tourisme de Paris et des archives ouvertes ont complété la vérification.
Sources sélectionnées
- Prince de Galles, présentation officielle actuelle
- Informations officielles sur les suites
- Architectural Digest sur la restauration de 2013
- Paris Promeneurs sur le terrain partagé et l’architecture
- Guide Michelin sur Stéphanie Le Quellec et La Scène
- Paris je t’aime, office du tourisme
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Osama Samaha
Rédacteur en chef, OUISTARS Travel
















