Pendant douze jours en mai, Cannes semble appartenir au cinéma. Le reste de l’année, elle appartient à une machine économique fondée sur la même promesse : le monde viendra ici pour être vu. Le tapis rouge n’en est que le symbole. Le modèle comprend ventes de films, salons immobiliers, marchés audiovisuels, yachts, publicité, hôtels, restaurants, plages, sécurité et travail temporaire.
En 2025, les événements accueillis au Palais des Festivals ont généré, selon son rapport, 1,2 milliard d’euros de retombées économiques. Le chiffre d’affaires propre de la SEMEC a atteint 54,9 millions. Ces données ne mesurent pas la même chose : l’une estime l’activité diffusée sur le territoire, l’autre les revenus de l’exploitant.
La question OUISTARS : qui capte la valeur de l’attention mondiale, et quelle part revient aux salariés, indépendants, habitants, à la culture et à l’avenir de la ville ?
L’économie du Palais en 2025
- 168 événements, dont 79 professionnels et 89 culturels.
- 340 jours d’exploitation : Cannes n’est plus la ville d’un seul festival.
- Près de 380 000 professionnels accrédités.
- 561 828 nuitées générées.
- 1,2 milliard d’euros de retombées estimées pour le tissu cannois.
- 54,9 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit +11,1 %.
Le Palais se présente comme le premier centre de congrès européen par le chiffre d’affaires. Cette affirmation doit rester attachée à son indicateur ; elle ne signifie pas automatiquement la première surface, la première fréquentation ou la première économie urbaine.
Le Festival est une œuvre culturelle et un marché
La 79e édition, en 2026, a validé 39 993 accrédités de 140 pays. Le Marché du Film a rassemblé 16 000 participants, dont 1 700 acheteurs et 600 sociétés exposantes. Plus de 4 000 journalistes venaient de plus de 85 pays.
Les organisateurs citent près de 220 millions d’euros de retombées directes annoncées par la Ville pour la période du Festival. Ce montant ne doit pas être confondu avec l’impact annuel de 1,2 milliard du Palais. Le Festival donne aux films financement, distribution, prestige et visibilité : Cannes ne loue pas seulement des chambres aux célébrités, elle accueille une infrastructure mondiale du cinéma.
Ce que révèlent les hôtels
En 2024, l’hôtellerie classée de la zone Cannes a enregistré 738 916 arrivées, 1 776 781 nuitées-personnes et 59,6 % d’occupation annuelle. Le taux allait de 31,4 % en janvier à 86,1 % en août : derrière les pics glamour demeure un écart saisonnier profond.
La Ville a annoncé un été 2025 record : 84 % d’occupation en juin, soit sept points de plus qu’en 2024, et jusqu’à 97 % en août. Ces pics profitent aux opérateurs mais sollicitent fortement femmes et valets de chambre, cuisines, transports, déchets, plages et logements.
Le vrai succès ne consiste donc pas à vendre la dernière chambre pendant le Festival, mais à créer une demande rentable et correctement dotée en personnel en janvier, février ou novembre.
Qui profite de la valeur ?
Palaces, propriétaires, organisateurs, restaurants, plages, transporteurs et marques internationales captent une valeur visible. Pourtant, la machine dépend des équipes d’étage, plongeurs, cuisiniers, techniciens, chauffeurs, agents de sécurité, fleuristes, monteurs, interprètes et intérimaires.
Une étude crédible devrait publier :
- La part des achats réalisée auprès de PME locales.
- Le nombre d’emplois permanents, saisonniers, sous-traités et temporaires.
- Les salaires médians et la pression horaire pendant les pics.
- Les recettes publiques et de concession réinvesties dans les services.
- L’effet des événements sur les loyers et l’hébergement des salariés.
- La valeur captée hors du territoire par plateformes, marques et propriétaires.
Le contrat avec les habitants
Les habitants acceptent des perturbations parce que les événements créent emplois, investissements et statut international. Ce contrat s’affaiblit si les rues sont bloquées sans solution, si les loyers augmentent, si les plages paraissent privatisées ou si la culture semble réservée aux détenteurs d’un badge.
Le Cinéma de la Plage, gratuit, et les dispositifs jeunesse sont essentiels. Une ville dont l’identité repose sur le cinéma doit offrir aux Cannois davantage que la possibilité d’observer les vedettes derrière des barrières.
Le futur musée international du cinéma peut prolonger la valeur culturelle au-delà de mai. Il devra être évalué par l’éducation, les archives, la participation locale et la fréquentation annuelle, et non par son architecture seule.
Douze mois d’événements : résilience ou dépendance ?
MIPIM, MIPCOM, MAPIC et le Yachting Festival représentent à eux seuls 306 millions d’euros de retombées et 121 000 nuitées. Cette diversification réduit la dépendance au cinéma, mais renforce la dépendance à l’événementiel.
Or celui-ci dépend des budgets de voyage, de la sécurité, de la géopolitique, des grèves, du climat et des solutions numériques. Cannes doit développer une économie créative qui demeure après le départ des délégués : production, postproduction, formation, studios, archives et entreprises locales.
La contradiction environnementale
Le Palais annonce une baisse de 33 % de ses émissions de CO₂e des scopes 1 et 2 depuis 2018 selon la méthode BEGES, et 2,48 millions d’euros d’investissements énergétiques cumulés en 2025. Il est société à mission depuis 2022.
Ces indicateurs opérationnels comptent, mais les bâtiments ne représentent qu’une partie de l’empreinte. Avions, yachts, structures temporaires, fret, restauration et hébergement doivent être intégrés. Chaque grand événement devrait publier une empreinte comparable par participant et par euro de valeur locale.
Le Festival indiquait début 2025 avoir réuni près de 3,2 millions d’euros en quatre ans grâce aux contributions environnementales et à son soutien direct. Financer des projets est utile ; réduire à la source reste prioritaire.
Croisières : Cannes a choisi de limiter
Après 460 000 croisiéristes en 2024, la Ville a imposé dès 2026 une réduction de 48 % des escales de navires de plus de 3 000 passagers, un seul gros navire par jour, 34 escales en 2026 puis 31 en 2027, et un plafond de 6 000 croisiéristes quotidiens.
Le signal est important : les retombées ne justifient pas automatiquement un volume illimité. Cannes devrait appliquer ce principe à chaque segment.
Le test OUISTARS de la valeur événementielle
- Rétention locale — 20 points : dépenses captées localement.
- Qualité du travail — 15 points : salaires, horaires, formation et progression.
- Effet annuel — 15 points : activité créée hors des pics.
- Héritage culturel — 15 points : accès public, éducation, archives et production.
- Coût environnemental — 20 points : voyage, fret, lieu et déchets.
- Retour aux habitants — 15 points : recettes, mobilité, plages et qualité de vie.
Ce que Cannes devrait publier
- La méthode détaillée du calcul des 1,2 milliard d’euros.
- Les achats locaux et emplois événement par événement.
- Un bilan carbone complet intégrant le voyage des participants.
- La pression sur l’hébergement et les loyers aux grandes dates.
- La satisfaction des habitants et l’accès à l’espace public.
- Une évaluation indépendante de la stratégie douze mois.
- Une séparation constante entre annonces municipales, chiffre d’affaires du Palais et dépenses tierces.
Conseils aux visiteurs et professionnels
Réservez des mois à l’avance pour le Festival et les grands salons. Pour un séjour de loisirs, évitez les dates les plus tendues : musées, marchés, îles de Lérins et tables de quartier deviennent plus accessibles.
Utilisez le train pour les déplacements simples sur la Riviera et réservez un transfert pour les bagages, les horaires tardifs ou les programmes professionnels multi-étapes. Consultez le guide OUISTARS de la Côte d’Azur.
Analyse éditoriale OUISTARS
Cannes n’a pas un problème d’attention. Elle possède une occasion unique de rendre des comptes. Peu de villes transforment aussi efficacement la visibilité mondiale en nuitées, contrats, prestige culturel et investissement.
Mais les retombées globales ne suffisent pas. La Cannes la plus forte montrerait le trajet de chaque euro, améliorerait le travail événementiel, offrirait un dividende culturel aux habitants, protégerait l’espace public et rendrait sa performance environnementale comparable.
Le tapis rouge doit rester un rêve. L’économie qui le soutient doit devenir transparente.
Questions fréquentes
Quelles retombées les événements du Palais ont-ils générées ?
Le Palais estime leur impact territorial à 1,2 milliard d’euros en 2025. Son chiffre d’affaires propre était de 54,9 millions.
Combien d’événements ont été organisés ?
168 événements sur 340 jours, dont 79 professionnels et 89 culturels.
Quelle était la taille du Festival 2026 ?
39 993 accrédités de 140 pays et 16 000 participants au Marché du Film.
Cannes est-elle active uniquement en mai ?
Non. Le Palais travaille presque toute l’année, même si l’hôtellerie montre encore un fort écart entre hiver et été.
Cannes limite-t-elle les croisières ?
Oui. Depuis 2026, la Ville réduit les escales des très grands navires et limite les débarquements à 6 000 passagers par jour.
Sources officielles
- Palais des Festivals — rapport de mission 2025
- Festival de Cannes — bilan de la 79e édition
- Côte d’Azur France — hôtellerie Cannes 2024
- Ville de Cannes — régulation des croisières
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